Apparue sur le petit écran en 1968, « Columbo » n'est pas une série policière proprement dite mais plutôt une suite de téléfilms. Même si on connaît par coeur les vieux épisodes, le charme opère toujours. La construction des scénario est pour beaucoup dans l'attrait de Colombo, en général, en effet, on voit opérer l'assassin durant le premier quart d'heure puis Colombo entre en scène pour le
démasquer. Il nous rend complice de ses recherches, nous qui savons déjà qui est le coupable, et nous surprend souvent dans ses déductions très logiques malgré ses dehors débraillés. Car Colombo n'a rien d'un jeune premier et son vieil imperméable en fait un héros à mille lieux de « Amicalement vôtre », par exemple, où l'élégance est reine. Colombo n'est pas non plus un séducteur, il évoque sans cesse sa femme et ses problèmes de couple. Sa
voiture, une
Peugeot 403 de 1960, le démarque également des héros télévisés à la mode, c'est quasiment la honte de son équipe tant elle est déglinguée. Même son chien évoque plutôt une vie douillette plutôt qu'un univers de meurtriers. Les scénaristes ont choisi de ne jamais mettre en scène la violence des assassinats, on ne voit donc quasiment jamais l'impact de la balle sur la victime ou le coup porté avec un instrument contendant, et encore moins le sang sur les vêtements. Dans Colombo, le plaisir consiste à résoudre un crime à coups d'observations et de questions perspicaces et la violence n'a pas sa place. Comme dans les intrigues de Sherlock Holmes, l'observation et la déduction deviennent les éléments qui permettent de résoudre les crimes. Pour l'époque, c'était une nouveauté ! Le lieutenant Colombo est un personnage à l'air naïf et étourdi mais doué d'un sens aigu du détail qui lui permet, pour notre plus grand plaisir, de coincer les meurtriers à chaque épisode. L'énigme étant renversée et le coupable connu, tout l'intérêt de l'intrigue est dans la perspicacité et la ténacité du
policier. En effet, lorsqu'il se présente comme l'officier chargé de l'enquête devant le coupable, celui-ci n'est guère impressionné et pense pouvoir se débarrasser rapidement de ce drôle de zèbre. Mais, à mesure de ses apparitions dans la vie du meurtrier, celui-ci finit par comprendre qu'il a affaire à une véritable sangsue qui ne lâche sa proie que quand cette dernière a avoué les faits, ou s'est fait piéger par un indice oublié. Bien sûr, le crime ne peut être parfait, mais parfois la vérité n'apparaît que par des détours si compliqués que nous nous laissons prendre au jeu jusqu'au coup de théâtre final. Les deux personnages principaux sont donc, dans chaque épisode, Colombo et l'assassin qu'il doit arrêter. Ce dernier est souvent snob et d'un milieu aisé, ce qui permet aux scénaristes de jouer encore plus sur le contraste avec un Colombo simple jusqu'au dénuement apparent. Son apparence paie si peu de mine que, lorsqu'il enquête sur le lieu d'un tournage, on le prend pour un des figurants incarnant des vagabonds. Colombo n'hésite pas à afficher de la sympathie ou de l'admiration pour le meurtrier au début de l'enquête, mais ce dernier finit par le trouver collant et même désagréable. Lorsque l'intrigue en arrive là, la conclusion n'est pas loin, c'est que Colombo va persécuter sa proie au point de la pousser vers l'erreur, voire les aveux. Paradoxalement, en effet, c'est presque avec soulagement que les méchants se font arrêter par Colombo, il leur a tant empoisonné la vie que la prison semble moins grave que continuer à le subir. Le personnage de Colombo, simple, non-violent, intelligent, fait aujourd'hui partie de notre culture, ses expressions telles « y a pourtant un truc qui me chiffonne... » ou « encore une p'tite question » sont passées dans le langage courant. Les institutions sanitaires britanniques ont même récemment sorti une campagne de
prévention contre le tabac dans laquelle on se demandait si quelqu'un avait déjà vu la femme de l'inspecteur Colombo, en rappelant que la fumée passive tue aussi...
Date de création : 15/08/2007 14:48
Contributions de Regine

Colombo
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