Emission littéraire télévisée créée en 1975, Apostrophe a été présentée avec panache par Bernard Pivot entre 1975 et 1990. En effet, même si la tradition télévisuelle française a toujours réservé une bonne place aux programmes littéraires, les premières émissions étaient assez ternes. La télévision peinait à sortir du statut de
radio filmée,
et les plans fixes, l'invité unique et l'animateur lénifiant n'étaient pas franchement « sexy ». Pourtant, l'époque était riche en actualités littéraires, le nouveau roman, par exemple, était un courant qui commençait à être popularisé au travers d'émissions telles que Italiques en 1960 ou la Bibliothèque de poche et Post-Scriptum de Michel Polac, entre 1966 et 1970. Apostrophe s'inscrit alors dans l'esprit de renouveau de ces illustres prédécesseurs avec un concept neuf et attrayant, un dialogue entre plusieurs écrivains et Bernard Pivot autour des livres récents de ses invités, avec généralement un fil thématique mais restant toujours ouvert au débat, tant qu'il est poli. La diffusion d'Apostrophe en seconde partie de soirée chaque vendredi en fait un rendez-vous plaisant, sur le mode de la conversation et dans un cadre simple. La personnalité de Bernard Pivot est pour beaucoup dans cette ambiance conviviale, la préparation très poussée de l'émission lui permet de jouer les candides tout en renvoyant ses interlocuteurs à leurs propres termes grâce à ses fameuses petites fiches. Grâce à Apostrophe, on assiste également à un véritable dialogue entre écrivains qui ont, presque toujours, pris la peine de lire les livres des autres invités. Ce système d'échange crée des passerelles entre les invités et, au-delà, entre le plateau et les téléspectateurs. D'ailleurs, l'effet « Apostrophe » a été une réalité pour les libraires qui témoignent que, durant quinze ans, les
achats en librairie du samedi matin étaient bien souvent déterminés par le choix des invités de l'émission. On a donc critiqué ce rite de passage pratiquement obligé à la télévision et Pivot a parfois été taxé d'avoir des
amitiés trop électives. Tout nouvel écrivain devait passer à Apostrophe s'il souhaitait vendre ses
livres et Bernard Pivot était le juge suprême qui décidait des invités de son émission. Mais au-delà de ces querelles partisanes, Apostrophe a surtout donné le goût de lire à toute une génération et lui a apporté une culture littéraire de base. On a ainsi pu faire la connaissance de centaines d'
écrivains et savourer de grandes interviews comme celles d'Alexandre Soljenitsyne, Vladimir Nabokov,
François Mitterrand ou Marguerite Duras. On retiendra également une émission mémorable où Bernard Pivot lui-même évacua du plateau un Charles Bukowski ivre mort après avoir abusé de Sancerre. La dernière émission d'Apostrophe, la 724e, a eu lieu le 22 juin 1990. Bernard Pivot a ensuite présenté entre 1991 et 2001 un magazine culturel, Bouillon de culture, qui reprenait la recette de feu Apostrophe. Refusant l'appellation de « variété littéraire », même si l'émission réunissait parfois jusqu'à 6 millions de téléspectateurs, Bernard Pivot a démontré avec Apostrophe que l'on peut faire de la bonne
télévision littéraire sans tomber dans les pièges du parisianisme ou, à l'inverse, du populisme.
Date de création : 16/08/2007 13:23
Contributions de Regine

Bernard Pivot
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