Fidèle depuis le début de sa carrière aux éditions Albin Michel, Amélie Nothomb, pressentie et favorite pour obtenir enfin le prix Goncourt cette année (finalement attribué à Gilles Leroy pour « Alabama Song » chez Mercure, filiale de Gallimard), a obtenu le prix de Flore à la surprise générale... Encore une dans les prix littéraires de cette année ! En effet, le prix de Flore
récompense normalement les jeunes auteurs prometteurs. Or, Amélie Nothomb est une personnalité reconnue du monde littéraire depuis plus de dix ans ! (seize romans en seize ans). Ce prix avait été créé par Frédéric Beigbeder (le célèbre auteur de « 99 Francs ») en 1994. Il s'agissait alors de récompenser un jeune auteur au talent jugé prometteur par un jury de
journalistes. Rien à voir donc avec Amélie Nothomb qui est déjà une auteure confirmée et qui, chaque année, voit ses ouvrages vendus par milliers d'exemplaires en étant toujours dans les dix premiers écrivains du box-office littéraire. Le café de Flore, souvenons-nous en, était un lieu parisien célèbre à Saint-Germain-des-Près où déambulaient tous les artistes connus tels
Sartre,
Simone de Beauvoir,
Boris Vian... Cela dit, Amélie Nothomb a emporté le prix au 4me tour par cinq voix contre quatre voix accordées au jeune Boris Bergmann, âgé de 15 ans et auteur de « Viens là que je te tue ma belle » et trois voix à Emmanuel Carrère pour « Un roman russe ». Doté de 6 100 euros, le prix de Flore a donc été attribué à une professionnelle de l'écriture qui n'a pas besoin de subsides supplémentaires plutôt qu'à un jeune talent. Quoi qu'il en soit, ne boudons pas notre plaisir car « Ni d'Eve ni d'Adam » méritait largement une récompense, même si Amélie Nothomb n'était pas sur la liste des prétendants au prix de Flore et qu'elle devait être distinguée par un prix depuis longtemps (une réaction typiquement parisienne pour une auteure belge sans doute !). Elle-même reconnaît qu'il s'agissait d'une grande surprise et qu'elle n'avait pas du tout le profil pour recevoir le prix de Flore. Il faut dire que le Sieur Beigbeder avait été chagriné que Nothomb n'ait pas eu le
prix Goncourt, d'où le putsch qui s'en est suivi. Cependant, dans « Ni d'Eve ni d'Adam », on retrouve l'
Amélie Nothomb que l'on aimait à ses débuts, celle qui a écrit « Stupeurs et Tremblements ». Là voilà à nouveau plongée dans l'ambiance nippone (dans laquelle elle a vécu rappelons-le) pour évoquer une histoire d'amour à la fois drôle, gaie, mutine, un peu éloignée de ses préoccupations professionnelles effroyables de « Stupeurs et Tremblements ». Cette fois, elle porte un éclairage sur la société japonaise sur un plan plus personnel et familial. N'abordant jamais la question sexuelle dans les rapports du couple, Amélie déroge à la règle établie ces derniers temps avec l'étalage de nombreuses écrivaines sur cet aspect de la relation amoureuse. Nothomb s'en tient à l'évocation des sentiments et des échanges furtifs, empreints de sa « patte » humoristique et délirante. Sa description de l'amour dans « Ni d'Eve ni d'Adam » est en fait un amour sublimé d'une histoire vécue avec le recul nécessaire pour en faire presque une histoire de samouraï existant au temps des anciens. Une histoire forte et pure au pays du soleil levant qui raconte sa liaison à 20 ans avec Rinri, un jeune Japonais issu de bonne
famille à qui elle essaie d'apprendre le Français. Tout est passé au crible : les moeurs japonaises, le système scolaire avec en premier plan, cette histoire d'amour jamais oubliée, décrite avec émotion et une drôlerie pertinente à souhait. Si l'attribution du prix de Flore n'a plus guère d'utilité aujourd'hui puisqu'il a récompensé une auteure de talent reconnue de tous, rien ne vous empêche, au delà des prix, de lire « Ni d'Eve ni d'Adam », un roman frais, vif, plein d'humour, magnifiquement écrit, et qui aurait sans doute mérité le prix d'excellence plutôt qu'un accessit.
Date de création : 09/11/2007 17:39
Contributions de Catherine

Le prix de Flore 2007
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