Publié chez Gallimard, le roman « Baisers de cinéma » a reçu ce jour le prix Femina. L'auteur, Eric Fottorino âgé de 47 ans, n'est autre que le directeur de la rédaction du «
Monde » où il est entré en 1986 et qui signe son huitième roman. « Baisers de cinéma » relate la quête désespérée d'un homme de 40 ans, Gilles, pour sa mère qu'il n'a
jamais connue. Le père de ce dernier, un chef opérateur réputé, lui raconte peu avant sa mort, que Gilles serait né d'un baiser de cinéma. Le père de Gilles en effet photographiait et filmait les héroïnes de cinéma sans pour autant s'arrêter sur l'une d'entre elles. Depuis cette révélation, Gilles Hector est persuadé que sa mère devait être une grande actrice. Tour à tour, il pense qu'il s'agit peut-être de
Romy Schneider, Anouk Aimée, Françoise Dorléac, etc., et il la cherche dans tous les films de cinéma de l'époque de la nouvelle vague qui sont diffusés dans les salles du Quartier Latin. Il lui faut vivre cette gestation mais aussi la séparation de la naissance, comprendre sa mère, l'entendre, la voir. Parallèlement, on assiste à une histoire d'amour vouée à l'échec et aussi à la séparation puisque Mayliss, l'amie de Gilles, est une femme mariée, d'allure un peu maladive et dont la voix, paradoxalement, est celle d'une vieille dame qui pourrait être la mère du narrateur. Cette histoire d'amour qui commence en étant presque vitale et fusionnelle est pourtant destinée à mourir, comme la maternité, puisque Mayliss vit avec son mari et son fils et qu'il faudra bien une fin à cette liaison. D'ailleurs, Mayliss apparaît presque comme une femme malade et qui va mourir ou plutôt comme une femme
amoureuse de la
mort. Gilles la rencontre dans un cinéma le jour du
décès de son père. Elle apparaît derrière lui et son visage irradie dans l'obscurité de la salle comme si elle avait été éclairée par l'âme de son père. Elle est frêle, pâle et Gilles la suit en sortant. Il l'aborde et les premiers mots qu'elle prononce, c'est « je suis mariée » comme si l'histoire était déjà finie avant qu'elle ne commence, comme si elle devait incarner une histoire ancienne dont Gilles devra se désintoxiquer à l'image de la recherche de sa mère, comme si Mayliss incarnait sa mère. Cette histoire d'amour va s'effilocher comme l'intensité de la recherche de Gilles. Finalement, il saura qui était sa mère en fouillant dans les vieux papiers de son père, mais on ne vous dira pas qui elle était. Cela sera à vous de le découvrir en lisant « Baisers de
cinéma », un roman singulier, autobiographique, intimiste et écrit avec une élégante sobriété en évitant les clichés et le roman un peu trop cérébral qui aurait pu être ennuyeux. À noter que lors de la remise du prix Femina à l'
hôtel Crillon de
Paris, une jeune femme appartenant aux « Chiennes de Garde » a fait intrusion en reprochant au jury d'avoir attribué le prix à un homme et en se servant de son
soutien-gorge comme bannière !... Elle ne devait sans doute pas savoir que ce n'est pas du tout la vocation du prix Femina créé en 1904 par 22 femmes du magazine « La Vie heureuse » (aujourd'hui « Femina »). En effet, si le jury est exclusivement féminin, il vote pour une oeuvre et non pour un sexe, d'ailleurs il y a eu beaucoup plus d'hommes récompensés que de femmes depuis sa création...
Date de création : 12/11/2007 16:21
Contributions de Catherine

Prix Femina
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