Après « les Âmes grises » qui avait reçu le
prix Renaudot en 2003, Philippe Claudel a été récompensé avec le 20me prix
Goncourt des lycéens pour « Le rapport de Brodeck » publié chez Stock. L'action se déroule dans une contrée sans nom quelque part dans l'Est, près d'une frontière d'un état en
guerre avec son ennemi limitrophe. Le village a été occupé et l'ennemi y a trouvé des collaborateurs sans scrupule. Le narrateur, Brodeck, a été interné dans un camp ou l'un des officiers, ayant le droit de vie et de mort sur ses prisonniers, le traitait comme un animal en le prenant en laisse et en l'obligeant à marcher à quatre pattes. La femme du directeur du camp s'y mettait aussi pour assouvir ses plus sombres désirs : chaque jour, elle choisissait au hasard sa victime dans le petit matin glacé et qui est condamnée à être pendue et à se balancer au bout de la potence sous les regards des autres. Elle leur rappelait ainsi qu'ils n'étaient rien. En arrivant dans le village, Brodeck est sommé de faire un rapport. En effet, il sait écrire, dispose d'une machine, et est payé par une quelconque administration pour rédiger des rapports sur la flore et les paysages. Lui saura écrire et raconter ce qui s'est passé. Car on devine que dans ce village, les habitants très soudés ont commis un meurtre et Brodeck est chargé d'enquêter. Un étranger était arrivé plusieurs semaines auparavant. Il était raffiné et accompagné d'une jument, Mlle Julie, et d'un vieil âne, M. Socrate. L'étranger sans nom s'était installé dans l'auberge. Peu loquace, il se promenait et passait son temps à confectionner son herbier. Silencieux, éduqué, un peu bizarre, l'étranger a d'abord attiré la curiosité des villageois, curiosité qui bien vite s'est transformée en haine. L'étranger a finalement offert un miroir pour remercier les villageois de leur hospitalité et dans ce miroir, ils pouvaient voir leur vrai visage. Leur haine en a été décuplée. Brodeck entreprend donc son rapport y consignant ses propres impressions mais il tarde à le remettre. On le soupçonne alors d'écrire autre chose et on l'espionne. Il est partagé entre l'assassinat de cet étranger et ses propres souvenirs dans le camp ainsi que par l'état de sa femme rendue aveugle en son absence et mère d'une petite fille. Dans ce récit, une menace plane qui évolue par à-coups à l'aide de retours en arrière. On y ressent le souvenir des horreurs des camps de la mort. Il faut dire que la guerre est un sujet sensible pour Philippe Claudel qui réside près de
Verdun. Dans les précédents romans, il évoquait la
Première Guerre mondiale et l'
Indochine. Cette fois, dans « le rapport de Brodeck », il évoque la
Seconde Guerre mondiale en explorant le Mal sous les traits d'un rescapé. L'auteur met l'accent sur l'effet de groupe qui ôte toute conscience, sur les sentiments de domination et de haine, sur la place des artistes dans la société, place qui serait juste tolérée parce qu'ils sont dérangeants. Tout en explorant les ténèbres et le mal absolu, Philippe Claudel achève son journal intime avec la nécessité du devoir de mémoire. « Le rapport de Brodeck » est un roman poignant et le jury a été touché par sa « dimension universelle ».
Date de création : 13/11/2007 10:05
Contributions de Catherine

Le rapport de Brodeck
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