Le prix Interallié est décerné depuis 1930 et récompense un roman écrit par un journaliste par un jury composé de dix journalistes. On se demande encore s'il a une quelconque vocation puisque les principaux prix cette année ont été raflés justement par des journalistes (
Le Femina est allé à Eric Fottorino pour « Baisers de
cinéma » et le Médicis à Jean Hatzfeld pour « La stratégie des antilopes »). Quoi qu'il en soit, c'est le livre « Birmane » édité chez Plon qui a été sélectionné pour recevoir le prix Interallié au premier tour. Il a été choisi par six voix contre quatre. Christophe Ono-dit-Biot est en effet journaliste au Point. À 32 ans, il en est à son 4me roman et est notamment l'auteur de « Désagrégée » et de « Génération spontanée ». Sorti quelques jours avant les premières manifestations en Birmanie menées par les moines de Rangoun, le livre « Birmane » a de fait bénéficier de l'intérêt du public pour la Birmanie. Cela dit, Christophe Ono-dit-Bio connaît bien ce pays puisqu'il s'y est rendu à plusieurs reprises. « Birmane » raconte l'histoire d'un reporter nommé César. En fait, ce n'est pas un grand reporter, il s'agit juste d'un secrétaire de rédaction employé dans un
magazine féminin à
Paris qui en a assez de relire des articles et de les corriger. Parfois, il est même obligé de réécrire entièrement des articles bourrés de fautes d'
orthographe et de syntaxe écrits par de « si brillants journalistes » qui eux, vont sur le terrain. César est donc frustré car invisible aux yeux des lecteurs. À l'opposé évolue Blanchart, un grand reporter un peu baroudeur, habillé comme il se doit avec des vêtements couleur kaki, des poches partout, un tantinet style
légionnaire avec ses cheveux ras et ses yeux bleus. Blanchart a de la chance lui, il a du succès et provoque le respect de son entourage. Après un petit voyage en
Thaïlande avec sa petite amie qui le laisse tomber, voici César qui arrive en Birmanie alors que Blanchart y est interdit de séjour. Bien sûr, César se rend vite compte que personne ne peut approcher le
Prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, qui est aussi une opposante au pouvoir en place et qui est placée en résidence surveillée alors que la junte militaire s'en donne à coeur joie dans toutes sortes de corruptions. Ayant soif de succès lui aussi, César cherche alors à obtenir le scoop, soit l'interview du plus grand trafiquant de drogue du monde. Il se met alors à jouer les journalistes affranchis alors qu'il ne sait même pas dans quel monde sordide il s'aventure, un monde de tous les dangers. Lors de son périple, il tombe
amoureux d'une Française,
médecin dans une
ONG qui s'est éprise de cette
région depuis cinq ans. César va, avec Julie surnommée « Sayama » (la vénérable), plonger dans les tréfonds de la Birmanie, rencontrer des expatriés, des opposants au régime ou des fils de la dictature qui mènent grand train et font la fête tandis que la population meurt de faim. Malgré lui, le lecteur suit ce
journaliste de pacotille rêvant à une grande carrière et qui va s'enfoncer dans un monde inconnu, un monde fait de couleurs et d'odeurs, de paysages étonnants, de chaleur moite mais aussi de questions avec en toile de fond, un désir ardent de comprendre les moeurs et la situation birmanes. Christophe Ono-dit-Biot connaît bien la Birmanie puisqu'il a déjà réalisé plusieurs reportages sur le régime militaire en place et « Birmane » ne fait que retranscrire la corruption du régime militaire et l'ampleur de la dictature en
Birmanie avec cette pointe d'humour acerbe et décalée qui fait de ce roman, un très beau reportage écrit.
Date de création : 13/11/2007 17:52
Contributions de Catherine

Birmane
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