Cinq ans avec les mains d'un autre
Premier homme a avoir bénéficié d'une double transplantation des mains, Denis Chatelier fait un bilan cinq ans après cette première médicale réussie.
Si Denis Chatelier est retourné à l'hôpital Edouard-Herriot de
Lyon, ce n'est pas pour y être soigné mais pour témoigner.
Témoigner de ce "miracle
chirurgical" réalisé par un groupe d'hommes. Témoigner aussi de cette détermination qui lui a permis de recouvrer une sensibilité quasi optimale et une fonction motrice en constante progression.
Neuf ans après une amputation des deux mains à la suite de l'explosion d'une fusée artisanale, son
médecin généraliste, Philippe Henry, explique que "Denis va beaucoup mieux et ses mains aussi".
Une situation aujourd'hui quasi inespérée mais qui aura impliqué une prise à très long terme d'un traitement immunosuppresseur, une rééducation intensive et un encadrement psychologique poussé.
Le 13 janvier 2000, l'homme bénéficie d'une allogreffe des deux mains menée par le professeur
Jean-Michel Dubernard dans le service de chirurgie de transplantation de l'hôpital Edouard-Herriot. Cette opération, réalisée à partir de greffons prélevés sur un donneur anonyme et en état de
mort cérébrale est considérée par les spécialistes comme un franc succès. Quand Denis déclare "qu'il a fallu se battre dur et au quotidien", peut être fait-il allusion aux deux épisodes de rejet cutané dont il a été victime.
Peut être pense-t-il aussi à la difficulté de s'approprier les mains d'un cadavre. En d'autres termes, comment faire face à ce que le psychiatre, Gabriel Burloux, qualifie de "syndrome de Frankenstein", cette sensation particulièrement traumatique d'avoir le sentiment d'être habité par "l'étranger ". Cette opération pousse également l'équipe psychiatrique à se demander comment les mains greffées peuvent continuer à fonctionner lorsque la commande cérébrale, c'est-à-dire l'image de la main, a disparue. Car en effet, ce type d'intervention chirurgicale peu classique fait intervenir des organes visibles et alertent donc le psychisme du patient de façon plus intense.
Toujours, selon les psychiatres, il existe une interdépendance entre cette même appropriation et le retour de la sensibilité jusqu'à ce que " les" mains greffées au patient deviennent " ses " mains.
Au final, cette double allogreffe aura notamment permis de déboucher sur de nouvelles techniques de rééducation.
Selon le professeur Dubernard, "cette réussite en matière de
transplantation permet à la médecine de déboucher sur une nouvelle ère : celle des greffes composites de tissus ". Mais au-delà des simples remerciements adressés à l'ensemble de l'
équipe médicale, ce que Denis Chatelier veut surtout dire, c'est sa croyance dans l'avancée de
la médecine.
Le professeur Dubernard refuse lui que l'on parle d'exploit : "Nous essayons simplement d'améliorer la qualité de vie de nos patients sans essayer d'impressionner".
Date de création : 07/12/2005 13:53
Contributions de Jeremy

transplantation des mains
Bravo pour cette équipe de médecins et merci au dévéloppement de la médecine!