Un cinquième skate park s'est ouvert dans le 5e arrondissement de Lyon. L'occasion de se pencher sur la situation des riders, qui prennent un malin plaisir à snober les équipements. Question de culture...
Au pied du pont Morand, le skate park des berges du
Rhône fait peine à voir. Tagué jusque sous le
ciment, il accueille à peine une bande de quatre riders, qui slident entre deux bédos.
Sur l'autre rive, la jungle urbaine offre un contraste saisissant. C'est la place Louis Pradel, érigée depuis une paire d'années comme bastion du gône skater. Les commentaires qui se croisent renforcent le paradoxe. Au skate park : "Les équipements municipaux? Ridicule. Regardez ces pauvres barres de slide... Et ces gaps (marches, ndlr). C'est bien pour débuter, mais elles sont minuscules par rapport à celles qu'on peut trouver dans la
rue, au hasard."
Place Louis Pradel : "Ici, il y a tout ce qu'il faut pour s'éclater. On dirait que le mobilier urbain a été aménagé pour nous. Pourquoi aller s'enfermer dans un skate park, franchement ?"
La grande place de l'
Hôtel de ville est la plus connue de celles investies en masse par les skaters,
rollers et
bmx. Aux quatre coins de
Lyon, les bancs deviennent des barres de slide et les marches des gaps. Ils appellent ça des spots : lieux propices à rider peinard. Il paraît que c'est dans la nature même du rider de bousculer les conventions, de conquérir les territoires urbains non autorisés. L'attitude porte un nom : le "street". "On n'a pas forcément envie d'être parqués, reconnaît Quentin, qui pratique depuis six ans. Les skate park, c'est devenu un point de rendez vous, et puis basta."
Pendant ce temps, à la
Mairie, on dépense beaucoup pour faire plaisir aux skaters. Un cinquième skate park gratuit a vu le jour il y a quelques mois place de Trion dans le 5e arrondissement. "L'objectif, confie M. Claret, adjoint en
mairie chargé des
sports, est de pourvoir chaque
arrondissement d'un équipement avant la fin de l'année 2005." Pour l'instant, c'est surtout le 5e qui est bien pourvu. L'installation de la place de Trion a coûté 30 000
euros. Il y a donc une volonté de séduire cette catégorie de la population. "Le rôle de la Ville est de prendre en compte les nouvelles pratiques", formule d'ailleurs M. Claret. "Nous avons même fait voter les habitants pour élire le type d'équipements qu'il y aurait sur ce nouveau site."
Bizarre de trouver, place de Trion, des barres de slide tout ce qu'il y a de plus classique, artificiel, quand on sait que les skaters réclament des modules qui ressemblent le plus possible au mobilier urbain authentique. Le décalage existe donc encore entre institutionnels bienveillants et riders aventureux. "J'ai vu dans un
magazine qu'un skate park qui copiait totalement les aménagements "street" existait à
Lille, remarque Walter, jeune rider. C'est ça qu'il nous faut..."
Peut-être, en fait, que la Ville ne veut pas forcément les éloigner des espaces publics. "Ils dégradent un peu le
mobilier urbain, certes, mais le
maire n'envisage pas la solution de l'arrêt municipal, contrairement à beaucoup d'autres
communes, enchaîne M. Claret.
Lyon ne peut pas être plus ouvert en faveur des skaters. Nous sommes à l'écoute de tous types de demandes."
En attendant, des désaccords subsistent. La session du soir (19 h 30 à 22 heures) au skate park de Gerland (le seul payant) est fermée depuis quelques semaines. Le magasin de
skate Wall street a lancé une pétition contre cette décision, prise a priori pour
nuisances sonores même si les intéressés reconnaissent être dans le flou. "On n'est pas les seuls à faire un peu de bruit là bas", déplore Aristide, qui s'y rendait régulièrement. Pour l'instant, cent mécontents ont apposé leur signature en bas du document. Une réouverture n'est pas envisagée.
Date de création : 12/12/2005 16:23
Contributions de Jeremy

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