L'écorché vif Mano Solo s'est construit en douze ans et huit albums une carrière fière et cohérente. Rencontre avec un
musicien rare et à la gueule grande ouverte, qui crie ses colères mais surtout son plaisir quotidien.
L'an dernier, à l'occasion de la sortie de votre dernier album (Les Animals, chez Warner), vous avez
multiplié les droits de réponse à des journaux qui selon vous, allaient trop loin dans leurs rapprochements entre votre musique et votre maladie. Toujours aussi énervé ?
Mano Solo : Plus que jamais. C'est surtout la critique de Libé qui m'a mis hors de moi, avec ses formules choc, agressives. Le journaleux qui ose dire : "
Mano Solo a tellement annoncé sa
mort qu'aujourd'hui sa survie en devient presque banale. " Il veut quoi, lui, sérieusement ?
Pourquoi il ne dit pas carrément " vivement qu'il crève lui-là avec ses chansons sur le sida. " C'est dingue. De toute ma carrière je n'ai évoqué ma maladie que dans une chanson, et qui parlait d'abord du désir d'avoir un enfant.
Vous avez l'air de souffrir plus que jamais de cette étiquette de chanteur du
sida...
Tout ce qui a été dit ou écrit sur ma
maladie n'est qu'invention. Quand je n'en parle pas, on en parle pour moi. C'est une forme d'exclusion. J'ai choisi de ne rien cacher quand j'ai commencé dans le métier, mais je n'imaginais pas que ça prendrait de telles proportions. Je le dis haut et fort, la presse me casse les c... Elle ne parle jamais de ma musique, uniquement de moi.
Si vous deviez dresser votre autoportrait, maintenant, comment vous décririez-vous ?
Moi ? Je suis instinctif, sauvage, rentre-dedans, autodidacte forcené. Quand je crache par terre, c'est beau. Plus je connais la
musique, plus je m'amuse avec. Je suis un artiste brut. Tout me vient d'un jet, je ne travaille pas plus de trois minutes. Bien avant d'être malade, j'étais déjà un combattant. Vous semblez clamer un manque de reconnaissance au sein du paysage musical français.
Vous vous sentez marginalisé ?
C'est clair. Quand
Johnny Hallyday cherche des compositeurs pour son album, tout le monde est contacté, sauf moi. Et si j'appelle pour proposer mes services, on me dit " ah oui, c'est vrai, on n'avait pas pensé à vous " avec un grand sourire hypocrite. Pareil avec
Juliette Gréco : je lui ai envoyé quelques chansons, elle en a retenu cinq. Finalement, elle n'en a enregistré aucune. Pour moi, ce fut une grosse déception.
Et vous avez choisi ces morceaux comme assise de votre dernier album. Un album moins introspectif, plus ouvert.
Avec « Les Animals », je me suis un peu remis à flot. J'ai décidé de reprendre ces chansons, mais aussi d'explorer de nouveaux horizons. J'ai mis des rythmes espagnols, tziganes. L'album s'ouvre sur un morceau africain. Je me suis ouvert comme je ne l'avais encore jamais fait.
Pourtant, le voyage ne vous tente toujours pas, et
Paris reste votre principale source d'inspiration. Pourquoi un tel décalage entre l'image et les actes ?
Voyager n'est pas mon truc. Bouger pour voir la misère des autres, non merci. Mon argent, je préfère l'investir dans des projets sains, familiaux. Une maison, par exemple. Je me suis même endetté pour ça.
Parlons un peu de la tournée actuelle. Pas trop dur de retranscrire l'atmosphère cosmopolite de l'album sur scène ?
Non, parce que je n'ai jamais eu de groupe aussi bon. Il y des nouveaux
instruments, des cuivres, un
accordéon malgache, et ça donne une ambiance assez sympa. Moi, je suis plus mystique qu'avant. Mon attitude peut complètement varier d'un concert à l'autre. Certains soirs, je raconte des tas de conneries, d'autres je ne fais
rire que moi.
Vous vous sentez un
artiste engagé ?
L'engagement, c'est une question à la con. Tout
chanteur est engagé, sinon, c'est un sportif qui fait uniquement une performance. Moi je chante parce que je veux parler à
la Terre entière. Je me lève pour ça...
Date de création : 18/12/2005 10:21
Contributions de Jeremy

Mano Solo