Le célèbre réalisateur américain nous invite dans la cité des anges pour un éblouissant film d'auteur ne manquant pas de nous déstabiliser.
David Lynch doit sans doute en partie cet honneur à son dernier film, Mulholland Drive. Si celui-ci avait déjà marqué les esprits avec les « incompréhensibles » Twin Peaks et
Lost Highway, sa
précédente oeuvre "Une Histoire vraie" laissait présager un retour au cinéma « classique » pour cet éternel précurseur, à tort...
Ici, une belle brune subit un mystérieux accident de voiture et y perd sa
mémoire sur...Mulholland Drive. Si la justification du titre du film est vite apportée, il s'agit sans doute de la seule certitude que le spectateur aura en 2h20min.
Car l'entame du film a beau s'apparenter à un vrai polar avec la rencontre de deux beautés fatales : la brune Rita (Laura Harring) et la blonde Betty (Naomi Watts), jeune provinciale venue à
Hollywood pour réaliser son
rêve d'actrice, David Lynch va vite nous conduire à sa guise. On suivra tour à tour les combines d'un escroc minable,
les cauchemars du client d'un fast-food ou le
casting truqué d'un film.
Le puzzle qui s'offre à nous va davantage nous passionner que nous frustrer. Les observateurs résignés que nous sommes vont suivre avec fascination la périlleuse recherche d'identité de Rita et l'étrange relation la liant à Betty. La
Beauté des images et la justesse de la bande originale ne font qu'accentuer notre implication totale dans un chez d'oeuvre tout aussi incompréhensible qu'envoûtant. Le propre d'un tel film réside dans la résistance que le spectateur oppose pour ne pas devenir un simple pantin secoué par le fantasque cinéaste.
Car la principale qualité de Mulholland Drive se trouve dans le besoin presque vital pour chacun de se forger sa vérité plutôt que la vérité. Les pistes laissées ici et là permettent parfois de distinguer des espaces temporels et des relations entre les multiples protagonistes. Quand bien même le spectateur est perdu, l'émotion dégagée par exemple par une frissonnante
chanson d'
opéra ne peut le laisser insensible.
Ne s'agirait-il d'ailleurs pas d'une nouvelle forme de cinéma et même d'une révolution que Lynch nous propose ici ? Celle d'une vérité que lui-même ignore peut-être ?
L'hypothèse paraît certes insensée mais pas totalement impossible avec ce monstre sacré du cinéma indépendant. C'est tout de même lui qui a fait passer Laura Harring du statut de potiche dans l'affligeant feuilleton américain Sunset Beach à celui d'icône de la femme fatale amnésique et irrésistible. Irrésistible, c'est d'ailleurs le terme qui conviendrait le mieux pour qualifier le coup d'éclat de
David Lynch logiquement récompensé du césar du meilleur film étranger. Les carences du
cinéma commercial américain se sont en tout cas volatilisées avec la sortie de cet «
OVNI », semblant garantir un futur radieux pour le
7 ème art.
Date de création : 11/01/2006 11:36
Contributions de Jeremy

David Lynch