En fait, ce n'est pas Philippe II d'Espagne qui a surnommé ainsi son armée et sa flotte, ce sont les Anglais et particulièrement Lord Burgley, ravis de la déculottée infligée aux Espagnols au large de Gravelines. Une façon comme une autre de crier victoire et de se moquer de leurs ennemis. À cette époque, l'Espagne toute puissante avait annexé de nombreux territoires en
Amérique après les découvertes de
Christophe Colomb, de
Jacques Cartier et de Francis Drake qui était le premier Anglais à faire le tour du monde. C'est aussi l'époque du règne de la grande Elizabeth en Angleterre, qui a succédé en 1558, à Marie Tudor elle-même mariée à Philippe II d'Espagne, un fervent Catholique. Elizabeth n'est autre que la
fille d'Henri VIII et d'Anne Boleyn, la seconde épouse du roi d'Angleterre. Or, Elizabeth est protestante et elle est considérée par tous les Catholiques d'
Europe comme bâtarde et hérétique, ceux-ci restant fidèles à la reine d'
Ecosse, Marie Stuart, héritière légitime du trône d'Angleterre. Après l'avoir maintenu captive, Elizabeth la fait exécuter en 1587 au grand dam
des Catholiques et de Philippe II d'Espagne en particulier. Cela dit, la déclaration de guerre des Espagnols est due aussi en grande partie aux confrontations des deux puissances pour leur suprématie maritime et pour leur influence en Hollande. En effet, les Flandres ne se soumettent pas aussi facilement aux Espagnols et les Hollandais sont soutenus par Elizabeth. En mer, c'est la rivalité incessante entre les Espagnols et les Anglais, ceux-ci attaquant les navires espagnols chargés d'
or et de
bijoux dérobés aux Amérindiens, aux
Aztèques et aux
Incas. Francis Drake ne se prive pas de piller l'île de
Saint-Domingue, propriété espagnole ainsi que la côte du
Venezuela et en 1587, il ose même incendier Cadix et détruire une partie de la flotte espagnole ! Si Elizabeth récompense le Sieur Drake en le nommant vice-amiral, c'en est trop pour Philippe II. C'est dans ces conditions qu'eut lieu la terrible bataille du 8 août 1588 à Gravelines. L'Armada espagnole se met en route. Au total, l'on compte 130 vaisseaux, 30 000 hommes dont 19 000 soldats, 300 chevaux destinés à envahir l'
Angleterre et à obliger Elizabeth à admettre la liberté de culte pour les Catholiques et à ne plus intervenir en
Hollande. Doivent s'y rallier les forces du duc de Parme dans les Flandres, soit 18 000 hommes. Afin de traverser la Manche, l'Armada est commandée par le duc de Médina Sidonia, officier de l'armée de terre qui n'a pas forcément le
pied marin. Il fallait bien remplacer l'amiral Santa Cruz après sa
mort ! En face, chez les Anglais, l'on compte 197 navires et plus de 15 000 hommes, donc une grande infériorité numérique mais les Anglais, s'étant toujours préparés à une invasion, disposent de nombreux canons. De manière ironique, c'est Philippe II lui-même, lorsqu'il était l'époux de Marie Tudor, qui avait poussé à développer la défense maritime anglaise... Mal lui en a pris ! Les Espagnols arrivent d'abord à
Calais, se heurtent aux Anglais qui capturent un navire ennemi. Les Anglais sont des petits malins et dans la nuit du 7 au 8 août 1588, ils envoient des barques remplies d'explosif dans les lignes ennemies. C'est la panique côté espagnol, les amarres sont coupées pour que les navires échappent aux flammes. C'est la déroute même si, le matin, les Espagnols se regroupent enfin. Il ne reste plus aux Anglais qu'à faire tirer du canon au large de
Gravelines. L'opération va durer des heures empêchant les Espagnols de s'organiser, détériorant de nombreux navires, d'autant plus qu'un vent du sud s'est levé dirigeant l'Armada vers le nord. Face à cette défaite cinglante, il ne reste qu'une possibilité aux Espagnols : contourner l'
Ecosse et l'Irlande pour retourner en Espagne. Pas de chance, les conditions climatiques poussent les navires à s'échouer en
Irlande. Et puis... Les forces promises par le duc de
Parme ne sont jamais arrivées. Les Espagnols seront massacrés par les Irlandais, et bien peu retrouveront la terre d'Espagne. La flotte espagnole va périr en mer du Nord alors que les Anglais sont à court de poudre pour leurs canons. On peut penser que si les vents avaient été favorables, en ayant pu faire demi-tour, l'Armada aurait été vraiment invincible en procédant à l'abordage des navires anglais, et l'
Angleterre aurait été envahie par l'
Espagne, ce qui aurait changé le cours de l'histoire de l'
Europe et du monde !
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