Pourquoi conter l'histoire de ce mystique, ermite à l'origine, peut-être un peu sectaire ? C'est que Raspoutine a eu une influence prépondérante sur les tsars de Russie en des périodes très troublées. Curieux personnage que ce Raspoutine, né aux confins de la Sibérie, dont le visage et les yeux étaient un tant soit peu hypnotiques. Proche d'une secte dénommée « Khlysty », il interpellait tant par sa carrure que par son peu d'hygiène, mais surtout par une sorte de magnétisme qui se dégageait de sa personne. Il avait de quoi effrayer quelque peu avec ses cheveux longs et sa barbe mais surtout avec son regard bleu clair et perçant. Qui était-il donc ce Raspoutine ? Il est né dans une famille de paysans en Sibérie le 10 janvier 1869. Il paraît qu'une météorite est apparue lors de sa naissance au-dessus de Plrovoskoïe. Grigori Raspoutine grandit dans un milieu hostile et rude. Il le quitte et vagabonde montrant des signes de guérisseur et une personnalité ambiguë et différente à chaque fois : une sorte de paranoïaque ? Il échappe de peu à la mort, tombant dans une eau glacée, ce qui provoquera par la suite, à la réminiscence de ces faits, des troubles de la personnalité. Tantôt dépressif, tantôt surexcité, Raspoutine montre tous les symptômes de ce que l'on appelle aujourd'hui un bipolaire à l'intelligence aigue, ou encore un maniaco-dépressif. Il ne renie pas ses racines, aide son père dans les champs, garde ses manières rustres. Parfois, Grigori est empreint de mysticisme, il fait même un stage chez les moines Starets, ce qui ne l'empêche pas d'avoir une sexualité exacerbée. Pourtant,
il tombe amoureux et se marie avec une paysanne alors qu'il a 19 ans et qui lui donnera 5 enfants dont 2 décéderont. En 1894, Raspoutine prétend avoir eu une vision de la Vierge : il part en Grèce au Mont Athos, à pied. C'est un voyage de 3000 km qui le déçoit. Il revient à ses origines, la Sibérie, où il retrouve sa femme et son fils un an après. Il chemine ensuite à travers la Russie où il s'octroie la réputation de guérisseur et de prêcheur. Débauché et buveur, il invente des théories sur la régénération du péché. Il décide de se rendre à Saint-Pétersbourg, la capitale russe et, pris par une sorte de transe métaphysique, prédit la naissance d'un hériter mâle à Nicolas II et à Alexandra. Effectivement, Alexis naîtra en 1904 mais atteint d'hémophilie. Introduit par des lettres de recommandation, Raspoutine, au printemps 1904, rencontre l'Evêque de Serguei qui le présente au confesseur d'Alexandra, la tsarine, accompagnée d'hommes d'église. Raspoutine subjugue cette petite assemblée avec sa ferveur religieuse. Il est dès lors considéré comme un envoyé de Dieu. Alexandra l'introduit à la cour où il côtoie tous les nobles russes de l'époque. En 1905, Alexandra est captivée par Raspoutine et le présente à toute la famille impériale. Alexis est malade, le tsarévitch est atteint de leucémie. Désormais, Raspoutine nommé « statetz » est introduit à la cour des grands. Il soulage Alexis par des méthodes peu disciplinaires (tout simplement en occultant l'Aspirine qui accroît l'écoulement sanguin). C'est ainsi que mi-prophète, mi-guérisseur, Raspoutine, inquiétant, fascinant, va s'allier l'Impératrice à tout jamais. L'enfant pauvre et intelligent de Sibérie allait trouver son terreau dans l'Intelligentsia russe. De tous les bals, il fera partie, de toutes les cabales aussi. Protégé par la famille Impériale, Raspoutine peut aller et venir dans le palais impérial sans que plus personne ne puisse l'en empêcher, malgré la cour, malgré le peuple qui ne l'aiment guère, multipliant les débauches et les beuveries. Un certain Vladimir Ilitch Oulianov Lénine fait pourtant parler de lui avec le mouvement bolchevique et le « Premier Ministre » Stolypine ne comprend pas le pouvoir bizarre qu'exerce Raspoutine. Il le fait surveiller et Raspoutine est écarté de la famille royale en 1911 et exilé à Kiev. Toujours persévérant, Raspoutine revient à la cour et ce n'est guère étonnant : Stolypine, alors qu'il vient d'accorder la propriété individuelle aux paysans russes, est assassiné. C'est la fin des réformes en Russie, Raspoutine a gagné. En 1912, Raspoutine accomplit un autre « miracle » avec Alexis : en extase, alors que le tsarévitch est atteint d'une hémorragie interne, le sibérien intervient et l'enfant est sauvé. Il s'agit pour tout le monde d'un « miracle » dû à Raspoutine. La première guerre se profile à l'horizon mais Raspoutine se positionne contre la guerre. 1914 voit l'assassinat de François-Ferdinand, l'héritier d'Autriche-Hongrie, à Sarajevo. Le 29 juin 1914, Raspoutine est poignardé par une mendiante prostituée de Sibérie. Il en réchappe de peu. Cet attentat en fait une idole malgré sa vie de plus en plus débauchée. Le 1er août 1914, c'est la guerre avec les Allemands. Le Tsar va au front : Alexandra reste avec Raspoutine pour régir le pays. En 1916, ce sont les premiers échecs de cette guerre et Alexandra, qui est d'origine allemande, et son conseiller Raspoutine sont détestés. Des opposants tentent de l'empoisonner, sans succès et dans la nuit du 16 au 17 décembre 1916, Raspoutine est assassiné par trois coups de pistolets différents. Les deux premiers tireurs sont arrêtés, le troisième tire une balle dans le front, entre les deux yeux... L'autopsie révèlera pourtant, a posteriori, que Raspoutine est mort battu et noyé avant d'être atteint par des balles de pistolet. Cet étrange personnage avait fait une prédiction au Tsar : « Je mourrai dans des souffrances atroces. Après ma mort, mon corps n'aura point de repos. Puis tu perdras ta couronne. Toi et ton fils, vous serez massacrés ainsi que toute la famille. Après, un déluge terrible passera sur la Russie. Et elle tombera entre les mains du Diable. »... Effectivement, la guerre aura lieu, les Bolcheviques prendront le pouvoir et le 22 mars 1917, le corps de Raspoutine sera exhumé et brûlé, la famille Romanov sera exécutée le 14 juillet 1918. L'histoire réhabilitera les Romanov, Nicolas et Alexandra et leurs enfants, en déplaçant leurs dépouilles à Saint-Pétersbourg le 17 juillet 1998, sauf celles d'Alexis et d'Anastasia dont on ne retrouvera jamais les corps. Nulle trace non plus de Raspoutine. On retient de lui quelques citations dont celle-ci : « Pourquoi y a-t-il maintenant tant de religions ? Parce que dans l'Eglise, il n'y a plus l'esprit, mais uniquement des mots. Voici pourquoi l'Eglise est vide. »
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