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3 décembre 1984 : la catastrophe de Bhopal en Inde. Le plus grand désastre industriel vécu à ce jour

L'un des premiers groupes chimiques des Etats-Unis, Union Carbide Corporation, avait installé une filiale à Bhopal, capitale d'une ancienne principauté située dans le centre de l'Inde et qui compte aujourd'hui 1,5 million d'habitants. Des problèmes de sécurité avaient déjà été signalés en 1982 mais ils étaient supposés réglés. L'usine de Bhopal était chargée de fabriquer des pesticides en utilisant de l'isocyanate de méthyle, un produit chimique extrêmement inflammable et toxique par inhalation ou par contact avec la peau et par ingestion. De plus, il s'agit d'un produit très volatil, peu soluble dans l'eau, à l'odeur âcre et dont les vapeurs sont lacrymogènes... Un produit mortel ! Le projet de construction de cette usine chimique avait pourtant été bien accueilli en Inde qui était en pleine « révolution verte » sous l'égide d'Indira Gandhi. Car, pour que l'Inde puisse arriver à l'autosuffisance alimentaire, il fallait surveiller les cultures et donc utiliser des pesticides. En 1969, une première usine du groupe Union Carbide avait déjà été construite et la seconde fut entreprise en 1978 à Bhopal sur demande du gouvernement indien. À l'époque, la cité comptait un peu moins de 300 000 habitants et l'usine chimique fut conçue pour produire 5 000 tonnes de pesticides par an. Le site fut choisi pour être implanté à 5 kilomètres de la ville et à un kilomètre de la gare. L'isocyanate de méthyle, qui peut pourtant être neutralisé par une enveloppe de soude sans que cela soit précisé dans aucun rapport du groupe américain, est un liquide qui doit être stocké à une température inférieure à 0°C (sinon il se transforme en gaz aussi nocif que le chlore) et qui ne doit pas entrer en contact avec l'eau sous peine d'évaporation... En quelques années, la population attirée par le travail se monta à 800 000 en 1984.
De nombreux ouvriers pauvres vivaient avec leur famille dans un bidonville situé entre l'usine et la ville. Finalement, le centre de fabrication fut totalement intégré à Bhopal, les maisons et les abris jouxtant l'usine. Les responsables du site et les responsables indiens ne s'en préoccupèrent pas même si des alertes s'étaient déjà produites à plusieurs reprises (1978 – 1981 – 1983) avec d'importantes fuites de gaz. Pourtant, l'opposition au gouvernement et la presse avaient fait état de ces problèmes et averti les autorités. En effet, en 1982, des déficiences sérieuses furent étalées au grand jour dans les systèmes de sécurité. Cette même année, Union Carbide pensa à fermer le site car l'activité était déficitaire mais le gouvernement indien refusa : il avait besoin de ces pesticides pour continuer la politique d'autosuffisance indienne. Pour rééquilibrer ses coûts de production, l'entreprise Union Carbide réduisit alors ses frais d'exploitation en licenciant du personnel qualifié et en le remplaçant par du personnel moins cher et donc moins bien formé. Ainsi en 1984, deux des dix déficiences graves n'étaient toujours pas réparées. Un premier incident eut lieu le 21 octobre 1984. En effet, l'on ne pouvait extraire le produit chimique stocké dans le réservoir 610. L'usine fut alors partiellement fermée avec des effectifs réduits. Dans la nuit du dimanche 2 au lundi 3 décembre 1984, un ouvrier et un contremaître nettoyèrent à grande eau un tuyau communiquant avec le silo 610 contenant 42 740 litres d'isocyanate de méthyle (MIC en anglais : methyl isocyanate). Malheureusement, une valve resta ouverte, permettant ainsi à l'eau de couler dans le silo pendant plus de trois heures. À 22h20, le réservoir était rempli à 70 % de sa capacité. 25 minutes plus tard, l'équipe de nuit prit la relève et à 23 heures, la pression relevée dans le réservoir était cinq fois plus importante que la moyenne. Personne n'y prit garde même si certains ouvriers ressentaient des picotements dans les yeux. Ce n'est qu'à 23h30 que la fuite fut localisée mais le contrôleur décida d'attendre sa pause pour s'occuper du problème (il faut dire que les problèmes étaient courants dans l'usine, alors une fuite de plus ou de moins !). À minuit 15, la pression augmentait encore. Un quart d'heure plus tard, elle atteignait un seuil critique. Le contrôleur avisa enfin son chef mais c'était déjà trop tard. Le réservoir empli d'acide tremblait et chauffait. Le couvercle en béton se fendit sous la pression, la valve de sécurité explosa. Ce n'est qu'à 1 h du matin que le chef de service enfin arrivé fit donner l'alerte. Deux heures plus tard, la police était prévenue (il faut dire que la politique de l'usine était de ne pas affoler les autorités au moindre « bobo »). C'était trop tard. Un nuage toxique s'étendit dans les airs sur 25 kilomètres carrés ! C'était la nuit, et malgré le signal d'alerte, une bonne partie de la population ne réagit pas. Puis finalement ce fut la panique dans le bidonville, les secours n'arrivaient pas et les habitants furent d'abord aveuglés avant d'être asphyxiés. Les médecins de la ville n'avaient pas été mis au courant des dangers du MIC et des soins prioritaires à donner. Le résultat fut catastrophique faisant 8 000 morts dans la nuit même (entre 16 000 et 30 000 dans les jours qui suivirent) et des centaines de milliers de victimes à des degrés divers passant d'incapacités totales définitives aux blessures temporaires sans invalidité). L'on comptera 362 540 victimes. Le 4 décembre, le PDG d'Union Carbide vint inspecter les lieux mais il fut pris à partie par la population et expulsé. Une commission d'enquête intervint le 20 décembre. Pour se défendre, la compagnie américaine argua d'un sabotage, le MIC étant censé réagir violemment au contact de l'eau ce que personne ne savait en Inde... La suite sera une longue bataille juridique entre la firme américaine et l'état indien. Des procès auront lieu aux Etats-Unis et en Inde et finalement, la Haute Cour Fédérale Indienne donnera raison aux Américains ! Ainsi, le 14 février 1989, l'entreprise américaine sera condamnée à ne verser que 470 millions de dollars sur les 15 milliards demandés par l'état indien à l'origine. Cette décision provoquera de nombreux remous dans l'opinion indienne et internationale, d'autant plus que dès l'année suivante du désastre, la compagnie Union Carbide était montée en bourse grâce à des manipulations bancaires ! Peu avant le rendu de la cour de justice indienne, la compagnie américaine avait versé quelques subsides (quelques millions de dollars) pour aider les populations touchées, aides refusées par le gouvernement indien et donc transmises à des ONG. Aujourd'hui, à Bhopal, l'usine Union Carbide frappe encore tous les jours car des déchets avaient été enfouis dans le sol sans protection. Or, ces déchets chimiques se répandent dans les nappes phréatiques, empoisonnant l'eau utilisée par les habitants aux alentours. Il est admis qu'environ 30 personnes meurent chaque mois de cette toxicité sans que rien ne soit fait pour nettoyer l'ancienne usine qui fut rachetée par Dow Chemical (qui a racheté Union Carbide) et laissée à l'abandon... Chaque victime indienne du désastre de Bhopal a reçu en moyenne 500 dollars et le site toxique est toujours à ciel ouvert, les enfants jouant dans ses décharges...

Contributions de Catherine
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Saint François-Xavier

Saint François-Xavier naquit dans une famille noble au début du 16ème siècle, au château de Pampelune. Il fit ses études à l’université de Paris et devint ami avec Ignace de Loyola avec qui il créa, en 1534, la Compagnie de Jésus : les jésuites ! Il partit en Inde en tant que missionnaire ainsi qu’au Portugal, où il y rétablit la foi. Puis il travailla dix ans chez les pêcheurs de perle. Il accomplit des miracles et se rendit jusqu’aux îles Moluques pour tenter de convaincre, avec difficulté, les musulmans puis fonda les premiers séminaires chrétiens au Japon ; il imagine même aller en Chine mais mourut avant, sur l’île Sancian. Il fut canonisé en 1662 et considéré, avec Sainte Thérèse de Lisieux, patron des missions.



 

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