Rumeur, quand tu nous tiens ! Cette fois, il s'agissait bien d'une rumeur consécutive à un fait divers. Cinq mois auparavant, Jean Callas, négociant en tissus, d'obédience calviniste, avait trouvé son fils Marc-Antoine, étranglé à l'âge de 29 ans, rue des Filatiers à Toulouse, à son domicile. Croyant à un suicide, le père avait dissimulé le fait pour défendre l'honneur familial. La rumeur fera son oeuvre et on accusera le père d'avoir tué le fils, ce dernier voulant se convertir au Catholicisme. Tous les parents furent incarcérés, le père, la mère, le frère ainsi que l'entourage en les personnes de la servante et d'un ami. Les protagonistes furent tous réunis en les personnes de Jean Calas le père, Anne-Rose Cabibel la mère, Pierre Calas le frère, Jeanne Viguière la
servante et Gaubert Lavaysse l'ami de la famille. Le procès se tint à Toulouse sous la présidence du Capitoul David de Beaudrigue. Devant les huit Capitouls gouvernants de Toulouse, le procès fut pollué de rumeurs de toutes sortes, d'ouïe dires et de faux témoignages. Très vite, des écrivains vinrent à la rescousse des accusés comme Laurent Angliviel de la Beaumelle qui prit parti pour les accusés. Le monde intellectuel fut en effervescence. Pourtant, l'accusation tomba : « condamné à mort ». Jean Calas fut reconnu coupable d'avoir tué son fils alors que les co-accusés furent libérés ou bannis. Calas fut exécuté par un bourreau qui détruira l'oeuvre écrite de La Beaumelle témoignant de l'innocence de Jean Calas. Beaumelle fut banni de Toulouse sous un faux prétexte : « mauvaise conduite ». Il continua cependant à écrire, à témoigner, pour demander la libération des filles de Jean Calas (elles étaient enfermées depuis mai dans des couvents près de Toulouse). Un peu auparavant, le génial Voltaire entendit parler de cette triste affaire et prit acte de la condamnation de Jean Calas. Au début, il n'y crut pas et persifla de sa langue bien acérée. Mais fin mars, alors que Jean Calas était exécuté, Voltaire prit conscience de l'erreur judiciaire. En effet, Donat Calas, un des fils du supplicié, rencontra Voltaire qui fut désormais convaincu de cette erreur sans nom. Ce sacré Voltaire rassembla nombre d'écrivains mais aussi des souverains étrangers à cette cause déjà perdue. Il faut dire que Voltaire était très apprécié dans les cours de Russie et de Prusse. Mais peu importe, Frédéric II de Prusse et Catherine II de Russie se rallièrent à sa cause. Toujours égal à lui-même, l'emporté Voltaire dénonça les travers judiciaires et publia son « Traité sur la tolérance à l'occasion de la mort de Jean Calas » en décembre 1763. Le scandale fut énorme à tel point que le Roi dut casser les Jugements rendus contre la famille Calas en 1764. Jean Calas fut réhabilité, Louis XV paya à la famille des indemnités. L'affaire Calas sera les prémisses du rôle des philosophes, écrivains, journalistes dans les affaires particulières ou d'état. C'est bien Voltaire et non Zola qui a fait en sorte que les intellectuels se mêlent de politique et d'affaires juridiques en déclenchant des mouvements contre l'ordre établi.... Sacré Voltaire !
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