Alors que le gouvernement de Vichy est en place avec à sa tête le Maréchal
Pétain et
François Darlan en remplacement de
Pierre Laval (celui-ci revenant au pouvoir en 1942), la collaboration est de mise en France. Synonyme de la Shoah en France, le camp de Drancy verra des milliers de prisonniers, durant trois ans, passer dans ses murs avant de rejoindre les camps d'extermination, la destination la plus fréquente étant Auschwitz. L'on compte environ 9 juifs sur 10 déportés de
France, qui passèrent par Drancy, petite ville de Seine-Saint-Denis. À l'époque, l'on construit des quartiers neufs dans les villes : la cité de la Muette à Drancy en fait partie. Il s'agit d'un vaste ensemble de futurs HLM composés de quatre étages, entourant une cour de 400 m sur 40 m. Le gros oeuvre est terminé mais le gouvernement de Vichy a besoin d'un camp d'internement pour les prisonniers de guerre, qu'ils soient Français ou Britanniques. Surnommée le « Fer à cheval », la cité de la Muette va être aménagée avec des barbelés et des miradors pour éviter les évasions. Le site ainsi que les terrains aux alentours vont être réquisitionnés par les Allemands dès le 14 juin 1940. Après un accord verbal émis par le
préfet de
la Seine et le service de l'armée de Paris, les bâtiments sont envahis par les Allemands le 24 janvier 1941. Drancy devient alors un centre de déportation régi par les forces françaises (
Préfet, police, sous l'autorité des Allemands Theodor Dannecker, Heinz Röthke,
Alois Brunner, tous trois SS) et surveillé par la
gendarmerie française. À partir du 20 août 1941, Paris subit une grande rafle. Tous les Juifs sont interceptés. Il n'y aura d'abord que des hommes qui seront arrêtés par la police française, Français et étrangers, de 18 à 50 ans. Plus de 4 000 personnes sont dirigées vers Drancy. Les logements des officiers de la caserne sont mis à disposition des Allemands le 15 octobre 1941. Drancy devient un camp d'internement pour les Juifs au même titre que Compiègne dans l'Oise,
Pithiviers et Beaune-la-Rolande dans le
Loiret. Les conditions d'internement se durcissent au fur et à mesure que le temps passe. On ne compte plus les malades de la dysenterie suite à la famine et les gendarmes français s'en donnent à coeur joie dans les brutalités, les sanctions et les humiliations. La population aux alentours ne réagit pas. Le mois suivant, 800 malades sont libérés mais jusqu'en mars 1942, le camp a un autre emploi : servir de réservoir d'otages potentiels en représailles d'actions menées contre le Reich. Les
morts se multiplient. Le 14 décembre 1941, 47 prisonniers sont dirigés vers le Mont Valérien, situé à quelques kilomètres à l'Ouest de
Paris. Ils sont tous abattus ainsi que des communistes et d'autres otages. Avec la
conférence de Wannsee, 1942 aboutit à la mise en place de la «
Solution finale » voulue par
Hitler et ses sbires, soit l'extermination de tous les Juifs d'
Europe. Drancy devient alors un camp de transit à partir duquel tous les internés doivent rejoindre les camps d'extermination et particulièrement celui d'Auschwitz. Avec la rafle du Vel d'hiv débutée le 16 juillet 1942, ce sont 13 000 personnes qui sont arrêtées par la
police française et la Gestapo. Seuls les couples sans enfants et les célibataires sont internés à Drancy, tout au moins au début car
Klaus Barbie y fera déporter les enfants d'Izieu (44 enfants et 7 adultes). 42 furent gazés dès leur arrivée à Auschwitz... Les plus jeunes avaient 5 ans ! En deux ans, de 1942 à 1944, près de 60 convois remplis de Juifs sont partis de Drancy, nommée l'antichambre de la mort. Le camp ne sera libéré que le 18 août 1944 par le Consul de
Suède, Raoul Nordling et des membres de la
Croix-Rouge. 67 000 personnes juives, hommes, femmes, enfants ont été déportées à partir de Drancy vers les camps d'extermination. Moins de 2 000 en revinrent... Après l'occupation, le camp de Drancy abrita
Sacha Guitry et Mary Marquet accusés tous deux de collaboration. Les bâtiments seront ensuite à nouveau alloués à des locations
HLM. Après la libération, des gendarmes seront attaqués en justice, seuls deux seront condamnés à deux ans de prison ferme mais ils seront graciés et relevés de l'indignité nationale. On peut juste se recueillir à la mémoire de toutes les personnes qui ont souffert et qui sont mortes, sur le mémorial érigé près du Wagon-Témoin, près du quartier de la Muette... Un endroit qui porte bien son nom finalement !
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