À cette époque troublée, c'est le tsar Nicolas II qui est encore à la tête de la Russie. Le peuple a faim, la censure et les emprisonnements arbitraires sont fréquents. C'est alors qu'un prêtre orthodoxe, Gapone, organise une manifestation pacifique en direction du palais d'hiver de
Saint-Pétersbourg. Près de 30 000 personnes sont réunies sous les fenêtres du tsar en ce dimanche 22 janvier 1905 (9 janvier selon le
calendrier julien qui était encore en vigueur en Russie). Le cortège des manifestants grossit à vue d'oeil pour atteindre les 100 000 personnes. Ils sont pour la plupart ouvriers, paysans ou étudiants
et défilent sans armes, sans cris, en portant même des icônes du tsar. Ils réclament simplement la libération de tous les révolutionnaires emprisonnés, la suppression de la censure, la cession des terres aux paysans mais surtout de meilleures conditions de travail ainsi que la création d'un Parlement. Il ne s'agissait pas donc d'une révolution, mais simplement d'une manifestation pacifiste revendiquant certains droits sans pour autant s'opposer au tsar ni demander sa destitution. Or, sans que l'on sache pourquoi, l'armée protégeant le palais d'hiver se met à tirer sur la foule faisant des centaines de morts. Etait-ce un ordre du tsar ou une malheureuse initiative (Nicolas II étant absent du palais au moment des faits) ? Nul ne le sait. Pourtant, les chiffres officiels font état de 96 morts et 333 blessés tandis que les chiffres officieux avancent 4 000 morts. Gapone s'époumone alors « il n'y a plus de Dieu ni de tsar ». Le massacre ayant lieu près de l'ambassade britannique, celle-ci s'en fait l'écho ce qui entraîne une grande émotion internationale. En
Russie, les étudiants et les ouvriers se mettent en grève dans toutes les grandes villes. La crise économique qui est aggravée avec les guerres entreprises contre le
Japon se soldant par des désastres militaires, va entretenir l'agitation. C'est le début de la Révolution de 1905. Les grèves d'octobre 1905 seront beaucoup plus radicalisées avec des soulèvements révolutionnaires, des émeutes et des meurtres de grands bourgeois. Une grève générale socialiste va paralyser le pays. Après quelques mois, le tsar se verra contraint d'accorder des avancées démocratiques en instaurant un régime constitutionnel en signant le manifeste du 17 octobre en créant la Douma, un Parlement élu au suffrage universel. Mais cela aura été fait trop tard ; ouvriers et étudiants continueront leur mouvement. Nicolas II reviendra sur ses positions en restaurant l'autocratie et en dissolvant la Douma au gré de ses envies. Il ne faudra pas attendre longtemps pour qu'il soit déposé et que les bolcheviques prennent le pouvoir. Ce dimanche sanglant du 22 janvier 1905 est aujourd'hui qualifié de « dimanche rouge » par les Russes.
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