Nommé Ministre de la Guerre par Clemenceau en 1886, le général Georges Boulanger était acclamé en héros par la population tant il était de belle prestance. Représentant un mouvement revanchard, il aura fait trembler la République. Il faut dire que ce Breton né le 29 avril 1837 à
Rennes avait fière allure !... Engagé dans l'armée après ses études à
Saint-Cyr, il se fait remarquer lors de différentes campagnes, reçoit la
Légion d'honneur et devient chef de bataillon lors de la guerre de 1870 avant de devenir Commandant. Plusieurs fois blessé, il participe aussi à la répression de la
Commune de Paris. Il devient ensuite Colonel puis Général à la tête d'une brigade de cavalerie en 1880. Quatre ans plus tard, il est nommé Général de division et prend la tête de l'armée d'occupation en
Tunisie. Ami de Clemenceau (ils étaient élèves ensemble au lycée de
Nantes), le Général Boulanger est ensuite nommé Ministre de la Guerre. Très populaire parmi ses soldats, Boulanger calme aussi la révolte des mineurs de
l'
Aveyron. Sa popularité est telle que lors de la revue du 14 juillet 1886, les Français n'ont d'yeux que pour lui. On lui dédie même des chansonnettes comme « En revenant de la Revue ». Cette gloire n'est pas pour lui déplaire et il se montre un peu partout en
France : tout le monde le sollicite pour des discours ou des inaugurations. Ce succès lui monte à la tête et il ne tarde pas à déraper en prônant des discours revanchards contre les Allemands. Ainsi le surnomme-t-on le « Général Revanche » ce qui n'est pas pour déplaire à certains mécontents de la politique économique du pays. Le gouvernement de Freycinet tombe mais Boulanger est si populaire que le nouveau chef de gouvernement Goblet beaucoup plus conservateur est obligé de reprendre le héros national dans son équipe. Boulanger multiplie les provocations vis-à-vis de l'Allemagne comme s'il était prêt à en découdre. L'
Allemagne se prépare alors à une nouvelle guerre en rappelant des réservistes. La situation est critique mais au soulagement de tous les parlementaires, le gouvernement de Goblet tombe à son tour et il est remplacé par celui de Rouvier. Ce dernier, trouvant Boulanger de plus en plus dangereux, ne l'accepte pas dans ses rangs. C'est ainsi que naît le mouvement boulangiste. En effet, vexé d'avoir été éloigné et de plus rétrogradé, Boulanger continue de se comporter en héros. La foule d'ailleurs manifeste sa déception lors de son départ pour
Clermont-Ferrand où il est nommé commandant du 13e corps d'armée. C'est un vrai déferlement en gare de Lyon avec près de 10 000 personnes qui bloquent le départ du train pendant des heures. Le Président Grévy doit démissionner suite à un scandale et Boulanger est à nouveau au coeur de toutes les tractations politiques, d'aucuns ne voulant donner leur voix ou leur soutien qu'à la condition que le général Boulanger redevienne Ministre de la Guerre. Sadi Carnot est élu Président et refuse le Ministère à cet homme décidément bien dangereux ! Boulanger se rapproche alors du Prince
Napoléon pour les élections du 26 février 1888. Il se présente sous les couleurs bonapartistes et malgré un nombre de voix très élevé, il est reconnu inéligible puisqu'il était toujours Général en activité. Il est ensuite relevé de ses fonctions et rayé des cadres de l'armée. Plus rien ne peut désormais l'empêcher d'avoir un parcours politique. Il est ainsi élu député le 12 juillet. C'est la crise au Parlement et Boulanger n'hésite pas à se battre en duel avec le Président du Conseil, ce dernier le blesse. Son mouvement, le Boulangisme, est soutenu financièrement par Philippe d'Orléans, et présente des candidats dans chaque
département. Boulanger devient député de
Paris le 27 janvier 1889. C'est une ovation ! Il est poussé au coup d'état mais recule. Désormais, la IIIe République est en danger et il faut tout faire pour discréditer le héros. On sort alors la menace d'une arrestation pour avoir été soutenu par une société secrète (la ligue des patriotes). Le Ministre de l'Intérieur demande à la chambre la levée de l'immunité parlementaire de Boulanger. Celui-ci n'a d'autre choix que de s'enfuir à
Bruxelles chez sa maîtresse. Il est alors poursuivi pour complot contre la sûreté intérieure et pour détournement de fonds ainsi que pour corruption. Il est condamné le 14 août à la déportation dans une enceinte fortifiée. Boulanger est donc reclus en
Belgique où il vit chez Madame Marguerite de Bonnemains. Celle-ci décède le 15 juillet 1891. Rejeté par tous et désespéré, le Général Boulanger se suicide sur la tombe de sa maîtresse d'une balle de revolver dans le cimetière d'
Ixelles le 30 septembre 1891.
Clemenceau, en apprenant sa mort, dira « il est mort comme il a vécu, en sous-lieutenant ». La IIIe République continuera avec son lot de scandales et d'escroqueries en tout genre avec aussi la plus grande affaire du XXe siècle, la condamnation de
Dreyfus...
Contributions de Catherine
>>
Voir tous les articles classiques>>
Envoyer cet article à un ami>>
Ajouter cet article dans vos favoris