Les Frères Lumière avaient présenté leur invention, le cinématographe, quelques mois plus tôt, le 22 mars 1895, à des scientifiques. La première séance, publique cette fois, se déroule au Grand Café, boulevard des Capucines à Paris, y attirant quelques badauds. 35 curieux entrent dans la salle : parmi eux se trouve Georges Méliès, un prestidigitateur de 33 ans, passionné par la magie (il a acheté quelques années plus tôt le théâtre de Robert Houdin). Il assiste à la projection de quelques sketches dont « la sortie des ouvrières de l'usine Lumière », « l'arroseur arrosé » et « l'arrivée d'un train en gare de La Ciotat ». C'est le déclic. Georges Méliès entrevoit tout de suite la répercussion de cet appareil
et propose de l'acquérir, ce qu'Auguste Lumière refuse en lui rétorquant : « Remerciez-moi, je vous évite la ruine, car cet appareil, simple curiosité scientifique, n'a aucun avenir commercial ! »... Pourtant, quelques jours après, c'est l'affluence et des centaines de spectateurs se précipitent au Grand Café. Qu'à cela ne tienne, Georges Méliès fabrique son appareil, le « kinétographe » et dès 1896, il monte des films de fiction, inventant ainsi les premiers effets spéciaux. Cette idée lui est venue d'une anecdote surprenante. En effet, il tourne une simple scène de rue quand, durant quelques minutes, son appareil se bloque. Quelle ne fut pas sa surprise de voir, une fois la pellicule développée, un omnibus transformé lentement en corbillard ! L'année suivante, il ouvre le premier studio de cinéma du monde à Montreuil-sous-Bois. Sa compagnie est née et la « Star-Film » réalisera plus de 1000 films. Méliès s'attaque à tous les genres et notamment aux actualités. Débordant d'imagination, il enregistre le couronnement d'Edouard VII à sa sortie de Westminster en y insérant des scènes fictives avec des figurants (notamment un blanchisseur qui va jouer le rôle du roi). Drôle d'exploit qui lui vaudra d'être invité à Buckingham. Bien sûr les premiers films, appelés « vues » sont bien courts (4 mn en général) et muets et ils sont diffusés lors de fêtes foraines. Le cinéma ne prendra vraiment son envol qu'avec le chef-d'oeuvre de Méliès « Le voyage dans la lune », un film exceptionnellement long de 16 minutes. Il est projeté à la Foire du trône de Paris et le public est conquis. Méliès en réalise des copies qui seront distribuées partout dans le monde. Le succès est incroyable, le cinéma va prendre un spectaculaire essor avec notamment la construction d'immenses studios à Hollywood. La toute petite compagnie de Méliès doit fermer ses portes en 1923 ne pouvant rivaliser avec cette concurrence. Ruiné, il vend des fleurs à la gare Montparnasse quand des cinéastes lui succédant le reconnaissent et lui offrent... un château à Orly où Méliès s'éteint le 21 janvier 1938. Depuis, ce château est devenu la maison de retraite du cinéma.
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