21 ans après les étudiants français, les jeunes chinois manifestent à
Pékin. Cette fois, la cause est bien plus grave, il ne s'agit plus de revendications pour la liberté sexuelle ou contre la guerre du Viêt-nam. En effet, il s'agit bien là d'un droit fondamental qu'il faut défendre : la liberté d'expression ainsi que le désir de démocratie. En ces périodes troublées, si Mao Tsé-toung a disparu, il a laissé un héritage très lourd à porter. Le gouvernement en place tente d'allier un libéralisme économique à la doctrine communiste de Mao qui prône la dictature du prolétariat et le marxisme. Les troubles sociaux se multiplient et les aspirations démocratiques demandent à être écoutées. Novembre 1987 arrive avec à la tête du pouvoir Li Peng, un conservateur qui arrête les réformes en cours. Le 15 avril 1989, un événement va mettre le feu aux
poudres : Hu Yaobang, un modéré intègre, est retrouvé
mort dans des circonstances douteuses. L'émotion est grande dans le pays et dans les rangs des réformateurs. Pourtant, la Chine va enfin recevoir le secrétaire général du Parti Communiste d'URSS Gorbatchev, réputé pour être un réformateur démocrate. Les esprits s'échauffent et les étudiants ne tardent pas à se réunir sur la place Tien An Men (on écrit aussi Tiananmen), face à la cité interdite, dès le 27 avril. Une grande manifestation doit avoir lieu le 4 mai pour commémorer la naissance du « Mouvement du 4 mai », début de la démocratisation de la Chine en 1919 (après la
première guerre mondiale, la Chine aux côtés des alliés, se retrouvera sous domination japonaise ce qui provoquera une insurrection estudiantine). Près d'un million d'étudiants sont réunis sur la place pour réclamer une ouverture démocratique. La foule attend la visite de
Gorbatchev mais les dirigeants chinois sont obligés de l'annuler tant la foule est dense sur la place, campant sur ses positions. C'est l'humiliation, et du parti communiste chinois au pouvoir, et des étudiants. Le 19 mai, l'armée est chargée de libérer la place complètement bloquée. Le monde entier est alors sidéré de voir un jeune étudiant, seul, s'avançant à pied et sans armes contre un char d'assaut. Le gouvernement chinois est ainsi ridiculisé aux yeux du monde. Il l'est d'autant plus qu'une copie de la
statue de la Liberté est dressée sur la place Tien An Men, étant nommée « déesse de la démocratie ». À la demande de Deng Xiaoping qui a déjà 85 ans, Li Peng instaure la loi martiale et la place est « nettoyée » en une nuit (3 au 4 juin). Le bilan est lourd : un millier de morts et des dizaines de milliers de blessés. La répression qui s'ensuivit fut terrible. Alors que l'on pensait que le projet de démocratie chinoise allait aux oubliettes, Deng Xiaping installa un démocrate au secrétariat général du parti communiste, Jiang Zemin. Trois ans plus tard, ce dernier décidera d'accélérer le processus des réformes et en 1993, la nouvelle constitution reprendra les termes de « économie socialiste de marché ». Ainsi, tout en conservant ses structures politiques, la
Chine entra progressivement dans la cour des grands, devenant peu à peu, une
puissance économique de premier plan, processus qui n'est pas là de s'arrêter...
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