À cette époque, entrer dans les ordres était une chose coutumière et le plus souvent, les parents décidaient pour leurs enfants et spécialement pour leurs filles. Jacqueline Arnauld, fille d'un grand
avocat au Parlement de Paris, ne fait pas exception à la règle. Ainsi, son père la fait nommer coadjutrice de l'abbesse de Port-Royal alors que la petite fille n'a que 8 ans. Après un détour à Maubuisson où elle reçoit une formation dans l'abbaye, Jacqueline, qui ne montre pourtant aucune vocation religieuse, prend ses fonctions à l'abbaye de Port-Royal située dans la vallée de Chevreuse. Finalement, elle est touchée par la foi et mère Angélique, ainsi surnommée, prend les choses en main pour rétablir la discipline dans ce couvent de l'ordre de Cîteaux, aux moeurs quelque peu relâchées. Avec une grande sévérité, elle rétablit des règles médiévales en interdisant aux religieuses de recevoir leur famille. C'est ce qu'on appelle « la clôture ». Désormais, l'abbaye doit obéir à nouveau aux règles monastiques drastiques : travail,
prière, repos sans visite extérieure. Ainsi, le 25 septembre 1609, elle refuse de recevoir son père et son frère au guichet du couvent. On appellera cet événement « la journée du guichet ». Les guerres de religion sont passées et cette initiative pour revenir à une vie monacale en surprend plus d'un. Le renouveau de la religion catholique est en marche et de nombreuses vocations voient le jour y compris au sein de la propre famille Arnauld. Le couvent de la vallée de Chevreuse se révèle bien vite trop étroit et Mère Angélique et les filles du Saint-Sacrement déménagent à Paris en 1625 en occupant le nouvel établissement de Port-Royal à
Paris. Huit ans plus tard, l'abbaye se dote d'un nouveau directeur de conscience et confesseur : Jean Duvergier de Hauranne, un ami de la
famille Arnauld, abbé de Saint-Cyran près de Châteauroux. Ce dernier a correspondu avec Jansenius, un théologien flamand appliquant de façon stricte la doctrine de Saint-Augustin. De fait, il se rallie aux religieuses de Port-Royal dont il apprécie la rigueur et l'obéissance stricte au dogme. Ainsi, le jansénisme fait son apparition à Port-Royal et les moines vivent à proximité en travaillant et en priant. On les appellera les « Messieurs » de Port-Royal et dès 1638, ils établissent des « petites écoles » destinées à l'éducation des élèves. Là, point de sévices corporels, on compte un professeur pour douze élèves, on y enseigne le français plutôt que le latin. Un de leurs élèves sera Jean
Racine élevé au château de Chevreuse. Il va léguer près de 800 livres à l'abbaye... D'autres intellectuels seront aussi séduits par l'abbaye comme Blaise Pascal, Boileau,
La Fontaine, Madame de Sévigné, le peintre
Philippe de Champaigne... Par la suite, les Jansénistes sont en conflit avec les puissants Jésuites, influents à la Cour et connus pour leur enseignement. En outre, l'abbé de Saint-Cyran entretient des liens assez forts avec les parlementaires opposés au pouvoir royal. Il entre même en conflit avec Richelieu qui l'enferme à Vincennes en mai 1638. Or, Jansenius meurt à Ypres et laisse un ouvrage « l'Augustinus » qui exprime la thèse de l'homme corrompu par le péché originel et sauvé par la grâce. La querelle entre Jansénistes et Jésuites reprend de plus belle. Quelques années plus tard, Mère Angélique et quelques soeurs reviennent dans la vallée de Chevreuse à Port-Royal des Champs et les « Messieurs » s'installent dans des granges à côté.
Blaise Pascal se mêle de la querelle en publiant « des Provinciales » en 1655. Mais finalement le jansénisme bat de l'aile et ses propositions sont condamnées par une bulle papale. Les religieuses sont dispersées et Port-Royal revient aux Jésuites. Aujourd'hui, le bâtiment est devenu la maternité Baudelocque, la plus grande de France. Dans la vallée de Chevreuse, Louis XIV fait raser l'abbaye de Port-Royal des Champs. Il n'en reste aujourd'hui que quelques ruines romantiques.
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