« Pourquoi pas ? »... drôle de nom pour un navire mais après tout pourquoi pas ? En fait, il avait été nommé ainsi car dans son enfance, quand on lui demandait pourquoi il voulait devenir marin et explorateur, Jean-Baptiste Charcot répondait invariablement : « Pourquoi pas ? ». Né le 15 juillet 1867 à
Neuilly-sur-Seine, Jean-Baptiste Charcot est le fils du célèbre
neurologue Jean-Martin Charcot. Très vite il est passionné par les voyages car lors de son séjour à l'école alsacienne, il invente les aventures d'un navire en
Patagonie. Sportif, il pratique la
boxe, le rugby, l'
escrime et... La voile ! D'ailleurs, à partir de 1883, il accompagne son illustre père lors de nombreux voyages (
Pays de Galles, îles Shetland, îles Hébrides, îles Féroé, Islande,
Espagne,
Maroc) et se montre beaucoup plus attiré par les pays froids. En 1891, Jean-Baptiste Charcot réussit son concours d'internat et voyage en
Russie avec son père. Deux ans plus tard, après le décès de son père, il
profite de sa fortune pour se faire construire un premier bateau nommé « Pourquoi Pas ? », un bateau à voile de près de 20 mètres. Parallèlement, sa seconde passion est le rugby. Il est finaliste du championnat de France de
rugby en 1894 puis champion de France l'année suivante au poste de pilier droit. La même année, il est reçu Docteur en médecine à Paris. En 1896, Charcot épouse la petite-fille de Victor Hugo, Jeanne et remplace son bateau par une goélette plus grande, le « Pourquoi Pas ? II ». Décidemment insatiable, il change l'année suivante pour une goélette en fer de 31 mètres mais cette fois avec un moteur à vapeur le « Pourquoi Pas ? III ». Il part ensuite en bonne compagnie, puisqu'avec le milliardaire Vanderbilt, en
Egypte, et remonte
le Nil jusqu'à
Assouan. Finalement, il rachète son précédent bateau et le teste, amélioré, dans les eaux britanniques. C'est ainsi qu'il arrive en
Islande et franchit le cercle polaire en 1902 en devenant officier de marine. L'année suivante, il se fait construire un trois-mâts de 32 m qu'il nomme « le Français », part en Antarctique et hiverne dans l'île Wandel. En 1905, il entreprend la cartographie de la péninsule antarctique au sud du
Chili. C'est un vrai succès car il répertorie 1 000 kms de côtes, établit 3 cartes marines, revient avec des tonnes d'observations pour le Muséum d'Histoire Naturelle de Paris. Il abandonne son navire en
Argentine et à son retour en
France, il apprend que sa femme, délaissée, a obtenu le
divorce. Il se remarie deux ans plus tard avec une
peintre, Marguerite Cléry qui va l'accompagner dans ses futurs voyages. Ayant décidemment la bougeotte, il fait construire le « Pourquoi Pas ? IV » à l'aide de subventions accordées par le Président Paul Doumer, un bateau de 40 m, équipé d'un moteur avec à bord, trois laboratoires et une bibliothèque. Il repart vers l'
Antarctique en 1909 pour explorer l'île Graham et ramène le tracé de la Terre Alexandre Ier et découvre une nouvelle terre, baptisée « Terre de Charcot ». Les résultats ramenés de cette expédition sont tout simplement considérables avec des mesures océanographiques, des relevés météo, des études de marées, une étude du magnétisme, un relevé cartographique, des collections zoologiques et botaniques... La réputation de Charcot devient de plus en plus importante au point que le « Pourquoi Pas ? IV » est transformé en navire-école. Durant la
Première Guerre mondiale, Jean-Baptiste Charcot est d'abord
médecin de marine puis lieutenant de vaisseau pour la chasse aux
sous-marins. Il reçoit les Croix de guerre britannique et française. Sitôt la guerre terminée, il reprend ses explorations en étant missionné par l'armée (golfe de Gascogne, Manche, Atlantique nord, Méditerranée,
îles Féroé, et évidemment l'Arctique qui le fascine). Ses résultats sont tels qu'il est élu membre libre de l'Académie des sciences en 1926. Charcot explore ensuite le
Groenland en étant reçu à l'Académie de Marine. Il y installe la mission ethnographique de Paul-Emile Victor en 1934 qui doit vivre pendant un an au milieu d'une population eskimo. Il poursuit la cartographie de la région. Il livre encore du matériel à la mission et sur le chemin du retour en septembre 1936, il doit faire escale à Reykjavik le 3 septembre pour des réparations. Charcot reprend la mer le 15 septembre pour revenir à
Saint-Malo et le « Pourquoi Pas » est pris dans un
cyclone et sombre en se fracassant sur les récifs de la côte islandaise le 16 septembre 1936. On ne comptera qu'un survivant. Le corps de Jean-Baptiste Charcot (69 ans) fut retrouvé et enterré à
Paris au cimetière Montmartre après des funérailles nationales.
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