Sur les ondes d'Europe 1, le 26 septembre 1985, Coluche lançait une idée d'une cantine gratuite, d'abord à Paris puis dans d'autres villes de
France pour les plus démunis. Avec son langage direct et populaire, il dira « J'ai une petite idée comme ça. Si des fois y'a des marques qui sont intéressées par sponsoriser une cantine gratuite qu'on pourrait commencer par faire à Paris, nous on est prêts à aider une entreprise comme ça qui ferait un resto qui aurait comme ambition, au départ, de distribuer 2 000 à 3 000 couverts par jour. ». Ainsi sont nés les Restos du Coeur. La première ouverture eut lieu le 21 décembre. En cette année 1985, près de 8,5 millions de repas furent distribués aux plus pauvres, c'est dire si l'urgence était là.
Jean-Jacques Goldman va composer une chanson « Aujourd'hui, on n'a plus le droit, ni d'avoir faim ni d'avoir froid.... » qui va faire un tube et attirer l'attention de tous les médias. Une première émission de
télévision est organisée face à l'événement : elle récoltera des millions de Francs de dons. Mais Coluche va plus loin. L'année suivante, en février 1986, il défend un projet devant le Parlement européen. En effet, force est de constater que les stocks de marchandises non vendus dans la grande distribution notamment, coûtent cher à l'entreprise... Autant les distribuer aux pauvres ! La Communauté économique européenne autorise l'ouverture des stocks. Le mouvement prend de l'ampleur, des associations autonomes voient le jour. Mais Coluche est victime d'un accident de
moto en juin 1986. Pourtant, le mouvement ne s'arrête pas et désormais ces associations fidélisées par un contrat portent les noms et logo des « Restos du coeur ». Ces stocks sont distribués par quatre associations dès 1987 : la banque alimentaire de l'
abbé Pierre, la
Croix-Rouge, le Secours populaire et les Restos du Coeur. Durant l'hiver 1986-1987, « les Restos » distribuent 11,5 millions de repas et sont soutenus par 6 000 bénévoles. Le mouvement perdure et s'amplifie : l'année suivante, les Restos du Coeur organisent une autre campagne pour aider les plus démunis tout au long de l'année et non plus seulement en hiver. 22 millions de repas sont distribués par 7 300 bénévoles. Finalement, le 23 décembre 1989 est votée la « loi Coluche » qui précise que chaque personne donatrice à une association bénéficie d'une
réduction d'impôts (article 238 bis du Code Général des Impôts), la loi Coluche l'étend aux associations caritatives et humanitaires qui viennent en aide aux personnes en difficultés en fournissant de la nourriture, des soins ou un
logement aux personnes dans la précarité. Cette même année, 25 millions de repas sont distribués par 8 500 bénévoles. Après les Restos du Coeur, sont créés les Relais du Coeur destinés à aider les personnes dans leur démarche de réinsertion, les Camions du Coeur, quant à eux, vont dans les rues de
Paris pour servir des repas chauds aux sans-abri. Mais la situation en
France ne fait qu'empirer et les Restos doivent ouvrir les Toits du Coeur afin d'héberger des personnes en cours de réinsertion. Les chiffres des repas distribués et le nombre de bénévoles ne cessent d'augmenter année après année. Sont ensuite créés les Ateliers et les Jardins du Coeur en 1992 : en effet, il est nécessaire de redonner une vie sociale, un rythme de vie et un savoir-faire aux plus démunis, le revenu minimum d'insertion (RMI) ne suffisant pas à redonner confiance aux personnes désemparées. Les actions ne s'arrêtent pas là. Une maison de vacances est organisée à Châtellerault, les premiers relais bébés ouvrent leurs portes... On en arrive à 36 millions de repas distribués par 20 000 bénévoles en 1994 puis à 75 millions de repas l'année suivante ! La Péniche du Coeur est installée à
Paris ainsi que des résidences sociales à Poissy, au
Mans, à
Dijon, à Chabanais. Des ateliers de lutte contre l'illettrisme sont mis en place à Montbard, à
Toulon. Après une large consultation sur le « distribuer autrement » tant la demande est de plus en plus lourde, l'aide alimentaire évolue vers plus de dialogue (entre-temps, des Restos du Coeur auront aussi ouvert en
Belgique et en
Allemagne). Aujourd'hui, ce qui devait être une solution provisoire initiée par Coluche, est devenue malheureusement une association qui perdure et qui doit s'occuper de millions de personnes vivant sous le seuil de pauvreté et dont personne ne s'occupe. En 2005/2006, 48 000
bénévoles distribuaient 75 millions de repas dans 1 900 centres et annexes. L'on comptait 260 Restos Bébés du Coeur pour 23 000 bébés de moins de douze mois aidés, 10 000 logements d'urgence, 50 000 nuitées d'urgence pour un montant de dons ou legs de 45 millions d'
euros, les concerts des Enfoirés et leurs disques représentant 27,1 % des recettes. Pourtant, en 2006, des groupes agro-alimentaires et des grands distributeurs ont tenté de s'opposer à la loi
Coluche en faisant pression sur l'
OMC (organisation mondiale du commerce) pour limiter cette distribution gratuite, voire, pire encore, qu'elle soit supprimée du règlement européen afin de faire basculer cette prise en charge des démunis sur les états ou les collectivités locales. C'est ainsi que la quantité des excédents alimentaires a été diminuée par une destruction des surplus et que les associations caritatives, dont les Restos du Coeur, ont de plus en plus de mal à s'approvisionner alors que les besoins se font de plus en plus cruellement sentir car les subventions publiques ont diminué. Alors... le slogan des Restos du Coeur est de plus en plus d'actualité... « On compte sur vous ! »
Contributions de Catherine
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