Fils du prévôt des marchands de Paris, Anne Robert Jacques Turgot suit de brillantes études catholiques puis entre à la Sorbonne en tant qu'abbé de Brucourt. Il se passionne vite pour l'économie tout en appréciant le latin et la poésie. En 1750, il refuse pourtant d'entrer dans les ordres. Deux ans plus tard, il est substitut et conseiller au Parlement de Paris puis maître des requêtes (juge). Il fait ensuite partie de la chambre royale et devient inspecteur auprès de l'intendant de commerce, Gournay. Parallèlement, il rencontre
Voltaire vers 1760, se lie d'amitié avec le philosophe et fréquente les salons littéraires. Il y rencontre des philosophes et des économistes dont Dupont de Nemours, Quesnay ou encore l'abbé Morellet. Curieux, il étudie les sciences et les langues. Il travaille même pour l'Encyclopédie. Nommé en 1761, intendant des impôts de
Limoges, il doit s'occuper de
régions très pauvres pendant plus de 10 ans. Il entreprend de continuer le relevé du
cadastre avec exactitude afin d'appliquer un impôt plus juste, notamment
la taille. Il obtient des réductions pour sa région et propose un impôt de répartition. Il
réfléchit aussi à un système plus juste pour les dépenses de construction, de routes notamment. Il évoque ensuite les prêts à intérêt en 1769 de manière bien plus pragmatique qu'auparavant. Turgot prend ensuite parti pour une
économie plus libre qui diminuerait l'intervention de l'état. Toujours dans sa région limousine, il défend l'agriculture et encourage les industries, plus spécialement les fabriques de
porcelaine. Une grande famine se produit dans le pays en 1770 et 1771. Turgot prend alors les choses en main et oblige les propriétaires à aider les métayers, organisant aussi des centres de charité. Il écrit alors des lettres sur la liberté du commerce des grains, qui font preuve d'ouverture, à l'abbé Terray, contrôleur général des finances. Ses lettres envoyées à Louis XVI seront subtilisées. Adhérant à la théorie de Quesnay, il publie ses idées : le sol est la source de richesse qui divise la société en trois classes, cultivateurs, salariés ou artisans et propriétaires. Turgot est ensuite nommé ministre de la Marine en 1774 puis contrôleur général des finances. Devant la situation financière dramatique de la France, il propose de faire de strictes économies dans les ministères sans pour autant faire appel à l'emprunt ni à la hausse des
impôts. Toutes les dépenses de fonctionnement doivent désormais passer par lui. Il supprime ainsi quelques dons ou charges, tous les abus sont réprimés. Il envisage également une réforme du système fermier (suppression de certaines pensions, employés plus efficaces, etc.). Il supprime des fermages, réforme les postes et les services de diligences. Avec toutes ces réformes, Turgot réussit le tour de force de réduire très fortement le déficit de l'état et de mettre en place un système de crédit bien plus performant pour les emprunteurs. Pourtant, le déficit est encore lourd, c'est pourquoi il s'oppose à l'intervention française dans la guerre d'indépendance des
Etats-Unis d'
Amérique. Le roi passera outre son avis. Turgot tente ensuite de passer en force pour imposer sa réforme sur le libre-échange des grains mais se heurte aux nobles et aux spéculateurs bien que les philosophes se rallient à ses idées. Son plus grand ennemi est Necker. Après une très mauvaise récolte en 1774, apportant une hausse des prix et une disette, des manifestations commencent à avoir lieu sous le nom de « guerre des farines ». Très ferme et soutenu par Louis XVI, Turgot réprime les révoltes. Il présente alors ses six décrets. L'un propose la suppression de la corvée royale et l'autre, des corporations. Il annonce également son désir d'abolition des privilèges, les trois ordres devant être soumis aux mêmes règles de taxation. Finalement le clergé est exempté sur la demande de Maurepas, Ministre d'état et conseiller de Louis XVI. Malgré l'enregistrement des décrets, tout le monde se dresse contre Turgot (les nobles, le clergé, la cour, la riche bourgeoisie...). Même
Marie-Antoinette s'en mêle. Par
jalousie sans doute, Maurepas va alors intriguer pour faire démettre Turgot de ses fonctions. Opposé au pouvoir législatif du Parlement, Turgot s'oppose à la convocation des Etats-Généraux préconisée le 6 mai 1775. Le plan de réforme de Turgot est tel que finalement,
Louis XVI le refuse. Toutes ces cabales provoqueront la chute de Turgot. Il sera remplacé par
Necker, un incompétent notoire qui sera, en bonne partie, responsable des émeutes provoquant la
Révolution française. Après un passage à La Roche-Guyon, Turgot rejoint
Paris où il se consacre aux
sciences et à la littérature. Le plus grand ministre des finances aux idées humanistes qu'ait connu la
France, s'éteint le 18 mars 1781.
Contributions de Catherine
>>
Voir tous les articles classiques>>
Envoyer cet article à un ami>>
Ajouter cet article dans vos favoris