Il faut dire que finalement ce sacre rassurait bien du monde, à commencer par ceux qui avaient désiré la décapitation de
Louis XVI ! D'autres ne souhaitaient guère plus le retour des
Capétiens, ils s'étaient bien enrichis lors de la Révolution... Alors un Bonaparte, pourquoi pas ? C'est donc le 11 Frimaire An XIII que la République est remplacée par un Empire. La paix retrouvée en 1802 avec les Anglais, Napoléon
Bonaparte a désormais les coudées franches pour asseoir encore plus sa position de Premier Consul ayant tous les pouvoirs... Tous les pouvoirs ? Oui, mais il veut encore plus ! Il faut dire que le petit caporal avait bien fait du chemin : il avait conclu un concordat avec le Pape pour rétablir la paix religieuse, consolidé la rive du
Rhin, entrepris un rapprochement avec l'
Allemagne et la
Suisse. Sa seule erreur qu'il qualifiera de « faute » lui-même plus tard, avait été de faire exécuter le duc d'Enghien, terrorisant ainsi les royalistes. Mais bon, comme la bourgeoisie était avec lui, le suppliant presque de ne jamais voir aucun Bourbon en place, Napoléon décida que cette fois, les dés étaient jetés et que son
destin serait couronné. Avec la bénédiction du Sénat en date du 18 mai 1804, la route est libre. En effet, le texte précise que le gouvernement de la République est confié à un empereur, qui prend le titre d'Empereur des Français sous le nom de
Napoléon Ier, l'hérédité de la couronne allant de mâle en mâle, à l'exclusion perpétuelle des femmes... (sic !). Cette constitution de l'An XII, approuvée par un référendum par le peuple, est un peu bizarre puisqu'elle instaure un empire absolu sans abroger la République ! Et, de plus, depuis Charlemagne, la France n'avait jamais eu d'Empereur... Bizarre !..., vous avez dit bizarre ? Mais enfin, peu importe pour Napoléon puisqu'il est persuadé qu'il est stérile, Joséphine ne lui donnant pas d'enfant alors qu'elle en a eu elle-même. Il se contentera du pouvoir absolu pour lui-même... Fort de cette nomination du 18 mai, Napoléon prend son rôle d'Empereur au sérieux et désigne ses fidèles lieutenants et généraux, maréchaux d'Empire. Les titres et les rentes pleuvent ici et là. Il prend comme insigne l'Aigle d'Alexandre le Grand, maître du monde, et une petite abeille qui rappelle un peu
Clovis. Il crée également la
légion d'honneur pour se créer une nouvelle noblesse. Mais une reconnaissance du peuple c'est bien, un couronnement par le Pape, c'est mieux ! D'autant plus que les autres sont couronnés ainsi, tels le tsar de
Russie ou l'Empereur d'
Autriche... Quant à Louis de Bourbon, le futur
Louis XVIII, il n'a même pas été couronné alors... Pourquoi pas lui ? Pour son rêve de gloire suprême, il pense à
Aix-la-Chapelle (la capitale de Charlemagne), puis carrément à Rome. Finalement il se ravise, préférant
Paris et la cathédrale Notre-Dame. Napoléon veut un Pape et il aura un Pape. Pie VII hésitant, qu'à cela ne tienne, il faut lui forcer la main. Napoléon le menace juste un petit peu lors d'une rencontre faite « par hasard » en forêt de
Fontainebleau. Reste encore un petit souci : Joséphine et Napoléon n'ont jamais été mariés devant l'église : une cérémonie vite faite, bien faite a lieu la veille du sacre aux Tuileries. Enfin le jour J ! Tout est prêt en ce 2 décembre 1804. Le peintre Jacques-Louis David, âgé de 55 ans, l'ancien ami de
Robespierre et
peintre de la Révolution, a déjà tout prévu. Adepte du néo-classicisme, il a imaginé des costumes de toutes les couleurs pour l'assistance, et l'Empereur devra, pour sa gloire, porter un manteau très lourd de 22 mètres, rien que ça ! Pour un sacrement, c'est un sacrement... Le Pape est acclamé, Napoléon et Joséphine sont escortés de 25 carrosses et de 6 régiments de cavalerie. Plus aucune place n'est disponible dans Notre-Dame. Les « anoblis » doivent patienter pendant une cérémonie qui dure trois heures. C'est un peu la stupéfaction quand Napoléon s'empare de la couronne pour se la mettre sur la tête lui-même, contrairement à tous les usages... Comme
Charlemagne l'avait fait lui-même. Il couronne ensuite Joséphine avec délectation. Napoléon prête serment sur la Bible de conserver tous les acquis de
la Révolution et de servir l'intérêt, le bonheur et la gloire du peuple français. Le cortège est salué par cent un coups de canon. Toutes les capitales européennes vont reconnaître Napoléon comme Empereur des Français à part les Anglais (encore eux !). Cet Empire n'aura duré que très peu de temps et le roi de
Rome, surnommé aussi l'Aiglon, n'héritera jamais de la couronne de son père. Reste de cet événement une immense toile de David à contempler au
Louvre, qui avait pris la liberté d'y faire figurer la mère de Napoléon et ses frères, Lucien et Jérôme, tous trois restés en
Italie car brouillés avec l'Empereur.
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