Un mois plus tôt, la flotte russe s'est inclinée devant les Japonais lors de la défaite de Tsushima. L'Empire Russe est ridiculisé par un état pratiquement inconnu : le
Japon. Le désastre militaire de la guerre russo-japonaise intervient dans le contexte d'une terrible crise économique et sociale russe. Le choc politique provoqué par cette défaite, allié aux conditions de vie désastreuses des Russes, va mettre le feu aux poudres. Les mauvaises conditions de vie des marins et la trop grande autorité des officiers russes augurent d'un climat dans l'armée russe allant en se dégradant. Les officiers du Tsar ont de plus en plus de mal à se faire respecter.
or, à Odessa sur la mer Noire, un marin qui s'était plaint d'avoir reçu de la
viande avariée, est tué
par un officier le 27 juin 1905. L'équipage du principal cuirassé de la flotte de guerre russe se soulève, dirigé par un révolutionnaire, Afanasy Matiouchenko. Huit officiers font corps avec les mutins. Ces derniers tuent les autres officiers et le commandant et les jettent à la mer. Le Potemkine est pris et le
drapeau rouge de la révolution flotte sur son mât. La mutinerie fait des émules et deux autres navires rejoignent les révoltés. La région d'Odessa voit rouge, le port est envahi par les révoltés, les autres ports de l'Empire suivent le mouvement. Le
Tsar déclare l'état de siège... La répression entraîne plusieurs centaines de
morts. Les mutins du Potemkine vont alors errer sur la
mer Noire, obtenant pour la plupart l'asile politique en
Roumanie, à Constantza. Elément majeur dans les troubles sociaux, politiques et militaires qui se déroulent à cette époque, la mutinerie du Potemkine a fait partie des événements qui vont déclencher la révolution soviétique en 1907. De cet événement historique, le réalisateur soviétique Serge Eisenstein va tirer un film célèbre en 1925 : « Le cuirassé Potemkine » et en
France, Jean Ferrat composera une chanson « Potemkine ». On associe souvent la mutinerie du Potemkine à la Révolution d'Octobre 1917 : c'est une erreur car les événements de 1905 étaient spontanés alors que la
Révolution bolchevique avait été bien programmée par
Lénine. Quelques mois avant la révolte du Potemkine, le 22 janvier 1905, une manifestation pacifiste qualifiée plus tard de « Dimanche Rouge », organisée par des religieux, finit dans un bain de sang sous les fenêtres du palais d'hiver de
Saint-Pétersbourg. Peu à peu, d'autres mouvements suivirent chez les ouvriers qui firent grève, chez les paysans qui se révoltèrent, chez les intellectuels qui se réunirent illégalement pour essayer d'organiser un mouvement révolutionnaire... Cependant, ces révoltes spontanées et particulièrement celle du Potemkine, ont pris une valeur symbolique dans l'Histoire, les hommes et les marins n'obéissant plus à leur hiérarchie mais à une logique de classe : « Marin ne tire pas sur un autre marin » est un ver symbolique dans la
chanson de Jean Ferrat, illustrant l'esprit de la
révolution à venir...
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